Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour


Récit n° 77 de Meguerditch Khatchatrian

Né en 1907 à Chabin-Karahissar

Dans notre village de Kétchéyout dans Chabin-Karahissar, les hommes fabriquaient du feutre.

Un jour les Turcs sont venus chercher tous les hommes et jeunes gens arméniens pour dresser les échafaudages pour des mosquées. Puis ils sont venus emmener nos mères et nos sœurs au village de Zarayi Ghavakhlou. Les gendarmes, avec des fouets, menaient tout le monde comme des bêtes. Les vieillards qui n’étaient pas capables de marcher, ils leur mettaient la tête entre les jambes, ils les attachaient et les faisaient dévaler de la colline de Zara. Ils ont tué mon grand-père à coups de hache. De là, ils nous ont conduit dans un lieu appelé "Gayapach", à la côte de la grande pierre.

Il y avait un gendarme turc du nom de Husséyin, avec des autres, ils ont commencé à piller tout ce que nous avions sur nous, à violer les filles devant nos yeux, à découper le ventre des femmes enceintes, à se jeter les uns aux autres les corps des enfants pas encore nés. Les uns ont emmené des filles, les autres des garçons, ils ont pris ce qu’ils ont trouvé.

Le Turc qui m’a pris m’a emmené dans sa boutique. Je lui ai demandé :

- Où sont mon père et ma mère ?

Avec sa main, il a montré son cou, ils les avaient égorgés. Dans la maison de cet homme, j’ai vu notre couverture, c’était donc cet homme qui avait pillé notre maison. J’ai eu l’idée de m’échapper. La nuit, je me suis sauvé.

J’ai été dans le bâtiment où beaucoup d’Arméniens étaient rassemblés. J’ai dit : "emmenez-moi avec vous en déportation."

Mon idée était de retrouver mon père et ma mère. Les gens m’ont caché dans leur charrette. Ils m’ont mis une bassine par-dessus pour que je puisse respirer. Nous sommes passés par la rivière Talghos (Tavros). Nous sommes arrivés à Tivrig, très loin, du côté de Van, là où se rejoignent le Tigre et l’Euphrate.

Là les jeunes Arméniennes se sont pris par la main comme pour une farandole ; du haut de Tivrig elles se sont jetées dans l’Euphrate pour ne pas être violées.

Là, je ne sais comment, un Turc m’a pris, il m’a fait asseoir sur son âne, il m’a bandé les yeux, il m’a emmené dans un lieu où il y avait sept moulins. Il m’a enlevé mon bandeau. Il m’a emmené dans son village, dans sa maison. Je suis devenu leur domestique. Là j’ai rencontré une fille de notre village, Sirarpi, je lui ai dit : "je te ferai échapper".

Nous n’avions pas peur de la mort, nous avions peur des Turcs. Pendant trois jours et trois nuits nous sommes restés sur les hauteurs, nous léchant les larmes l’un de l’autre, mangeant des graines, nous sommes restés en vie. Il n’y avait pas d’eau. Nous avons survécu. On nous a repris, on nous a ramenés chez nos Aghas. Je faisais paître les chèvres. Un jour, les chèvres avaient mangé le blé, mon maître m’a mis la tête entre ses genoux et s’est mis à me battre, moi je l’ai mordu. C’est une bonne chose que l’autodéfense.

En 1919 un homme est venu chercher son frère. Il m’a vu et m’a dit : Tu viens à Sébastia ?

- Oui, je veux y aller !

J’ai supplié mon maître : "Agha, j’ai travaillé 4 ans, rends-moi la liberté".

L’Agha a dit : je te libère, mais laisse tes habits ici.

J’ai été voir Sirarpi, je voulais l’emmener avec moi, mais elle n’est pas venue.

L’homme m’a emmené, il m’a fait entrer dans un orphelinat arménien, tenu par Miss Kuchman.

Là on m’a baigné, habillé ; mon doigt de pied était tordu, je ne pouvais pas mettre de chaussure. Ils m’ont soigné le pied. Ce n’est qu’en 1922 que j’ai appris l’alphabet arménien.

Je me suis marié, je suis devenu père de famille. Nous sommes venus en Arménie.

Témoignage recueilli par Verjine Svazlian

Traduit de l’arménien par Louise Kiffer

le 12/9/06

mardi 12 septembre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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