Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour


Récit n° 93

D’Ishkhann Haïgaz Haïgazian

Né à Erzeroum, village de Passen, en 1909

A Passen, nous vivions paisiblement. Nous avions une maison, une vigne. Mon père et mon oncle étaient très riches.

En 1915, quand les Turcs ont envahi Passen, mon père et mon oncle ont été volontaires pour le groupe d’autodéfense. Mais mon père avait épuisé ses munitions et il a été sacrifié.

Mon oncle est venu nous rassembler, mon grand-père, ma grand’mère, ma mère, mon petit frère, nous avons laissé notre village et nous nous sommes sauvés. Sur la route, de tous côtés, il y avait des cadavres, tués. Nous, affamés, assoiffés, pieds nus, nous sommes arrivés à Sarighamich. Grand-père a dit : " il vaut mieux rester dans la forêt, pour que les Turcs ne nous voient pas." Mais les Turcs nous pourchassaient. Là aussi, ils nous ont attaqués. Mon oncle, pour nous protéger, s’est sacrifié lui aussi.

Nous sommes restés sans défenseur. Grand-père, grand’mère, maman tenant mon petit frère dans les bras, nous nous sommes mis en route vers Kars. En route, mon petit frère est mort de faim. Puis grand’mère est morte aussi.

Avec maman, dans une sorte de wagon, nous sommes arrivés à bout de forces à Tiflis. Nous ne connaissions personne. Au sous-sol d’une maison, nous nous sommes couchés sur des chiffons. Grand-père s’est mis au travail. Maman s’est remariée, elle m’a mis dans une maison maternelle.

Dans cette maison maternelle, tous, garçons et filles, étaient comme moi, maigres et chétifs.

Mais dans la maison maternelle de Tiflis, on nous a appris des métiers, et nous avons reçu une bonne instruction. Plusieurs, ayant terminé leurs 7 ans de cours, ont commencé à travailler dans des usines. D’autres ont fait des études techniques.

Un jour j’ai reçu une lettre : "Tes amis sont à Polnis-Khatchén. Sali, écorché, je suis arrivé après d’eux, ceux qui m’avaient écrit étaient des gens de ma famille. Ils m’ont donné l’adresse de ma mère. J’ai été à la gare de Ghaltaghtch, j’ai trouvé Ousta Yéghiché, c’était mon parrain. J’ai trouvé ma mère, mais son accueil fut glacial. Je ne suis resté là que deux jours. Ma mère avait eu de son second mari, un garçon et une fille, mais elle ne m’a rien dit. Juste à la fin, elle m’a dit : "Va en paix mon enfant". Je suis reparti à la gare en pleurant, je suis retourné à la maison maternelle. Quand j’ai eu terminé ma 7ème année d’école, je suis venu à Erevan.

En 1936,je me suis marié. J’ai eu deux enfants.

En 1941,j’ai été à la guerre. J’ai combattu. J’ai été blessé deux fois. Puis j’ai été libéré, je suis rentré médaillé à Erevan.

Je songe parfois à ma vie passée, à la façon dont les Turcs massacraient sans pitié les Arméniens. Il est vrai que nous aussi pendant la guerre, nous nous sommes battus, nous avons tué, mais c’était la guerre, et nous étions armés des deux côtés. Or, la population arménienne à cette époque là, était sans défense et sans formation.

Maintenant nous avons une armée et un gouvernement.

Témoignage recueilli par Verjine Svazlian

Ethnologue à Erevan.

Traduit par Louise Kiffer, le 11/9/06

lundi 11 septembre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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