Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour


Récit n° 85 de

Haïgouche Miridjian Ohanian

Née en 1908 à Sépastia

En 1915, tout d’abord, il sont rassemblé les hommes et les jeunes gens, ils leur ont attaché les mains et les ont emmenés.

Il ne restait plus que les femmes et les enfants.

Ceux-là, ils les ont poussés dans les montagnes et dans le désert. Tout ce que nous avions emporté avec nous, ils l’ont pillé. Ils ne nous ont rien laissé. Ils nous ont emmenés à Der Zor. A Souroudj. A force de marcher, les pieds de maman ont enflé, elle s’est assise sous le pont, elle ne pouvait plus marcher. Ceux qui nous persécutaient sont arrivés sur des chevaux, nous attaquer. Nous avons à peine eu le temps de nous sauver. Ils voulaient m’enlever. Maman m’a coupé les cheveux. Je suis devenue chauve.

Mon frère et ma sœur, ma tante et ma cousine se sont donné la main pour se jeter dans l’Euphrate. Beaucoup se cachaient dans les roseaux pour ne pas tomber entre les mains des Turcs. Nous aussi, frère et sœur, nous tenant par la main, nous nous sommes sauvés.

Là, il y avait une caserne. Il y avait des soldats arméniens. Ils nous ont apporté du blé et une meule. Ils ont dit : "moulez, comme frère et sœur".

Ils ont voulu nous remplir des papiers pour nous emmener à l’orphelinat.

Il y avait là un paysan arabe, dont les deux filles nous ont pris, elles nous ont gardés. Elles ont dit : "allez faire paître ces moutons". Nous les avons emmenés. C’était le désert. Il n’y avait absolument personne. La nuit est tombée. Nous ne connaissions pas le chemin.

J’ai frotté une allumette pour que les loups ne viennent pas. J’étais tellement fatiguée, j’avais mal aux pieds, nous avons eu du mal à trouver la tente de l’Arabe. La femme arabe a dit : "toi et le berger, mettez le lait sur le feu".

Moi j’étais fatiguée, le soleil m’avait tapé sur la tête, j’avais mal à la tête. Soudain la femme arabe m’a donné un coup de pied, ma tête a heurté une barre de fer, j’ai été blessée, le sang commençait à couler. Ces tentes d’arabes étaient divisées en deux, une moitié était pour les hommes, l’autre pour les femmes. Mon frère m’a pris par la main, il m’a emmenée auprès du mari. Lui a frappé sa femme, il a dit : "moi c’est grâce à ces "séfil" (misérables) que je suis devenu riche, pourquoi tu l’as tapée ?"

Les Arabes m’ont prise, ils m’ont fait coucher, ils m’ont maintenue avec une pierre, ils voulaient m’inciser la figure avec un couteau pour que les visiteurs croient que je suis une Arabe.

Mon frère avait 4 ans de plus que moi, nous nous sommes sauvés. Nous avons marché, marché, enfin nous avons vu des soldats arméniens. Ils nous ont emmenés, auprès du commandant Krikor Effendi, qui s’occupait d’organiser le ramassage des orphelins arméniens. Ils nous ont remis à l’orphelinat de Mère Mrs Epp. A l’orphelinat je faisais des ouvrages à la main d’Ourfa, ils allaient les vendre en Amérique. J’y suis restée longtemps, mais mon frère seulement six mois. Plus tard j’ai vu que mon frère n’arrivait pas à se débrouiller tout seul. Moi aussi je suis sortie de l’orphelinat.

Je me suis mariée en Syrie. J’ai eu deux fils.

En 1946, nous sommes venus en Arménie.

Témoignage recueilli par Verjine Svazlian.

Traduit par Louise Kiffer

le 10 09 06

dimanche 10 septembre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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