Nouvelles d'Armenie    
Bruno Le Roux
La Realpolitik contre le droit et l’honneur
Le point de vue de Bruno Le Roux


Quelques mots pour dire ici le sentiment d’un élu, qui chaque fois qu’il rentre dans l’hémicycle, a conscience de l’honneur qui lui est fait à pouvoir débattre et voter dans le plus haut lieu de notre démocratie. Quelques mots pour expliquer ici que l’Assemblée Nationale aurait pu tenir une séance honorant notre République, le 18 mai dernier, si elle n’avait tourné court. Mon groupe, celui des députés socialistes, avait en effet saisi l’occasion d’une séance d’initiative parlementaire pour présenter une proposition de loi visant à insérer un nouvel article créant le délit de contestation du génocide arménien. Si la loi du 29 janvier 2001 a apporté la reconnaissance officielle de la France, pour autant, jusqu’à ce jour, la portée de ce texte est restée symbolique dans la mesure où les instruments juridiques actuels ne permettent pas de sanctionner les propos niant l’existence de ce génocide. Une majorité de mes collègues présents dans l’hémicycle le 18 mai s’est montrée favorable à la pénalisation de ce négationnisme. Cependant, au terme d’une matinée où les débats ont été ralentis et truqués par le gouvernement, le Président de l’Assemblée Nationale, Jean-Louis Debré a levé la séance sans procéder au vote attendu de notre texte. Stupeur sur les bancs, consternation dans les tribunes, colère pour tous, humiliation pour beaucoup. Pourquoi clore la séance sans procéder au vote de la proposition de loi alors même qu’une majorité, au-delà de tout clivage politique, se dégageait dans l’hémicycle ? La frilosité du gouvernement sur ce sujet est consternante comme le fut l’intervention de M. Douste-Blazy, Ministre des affaires étrangères, alors que nous attendions le Garde des sceaux dans l’hémicycle, qui annonçait pourtant le déroulement de cette matinée : la « real politique » contre le droit et l’honneur. i la politique a besoin d’engagements clairs, concrets, cohérents, alors oui nous étions dans notre rôle de législateur. Ayant reconnu le génocide, je ne peux accepter qu’il soit nié impunément sur notre territoire et il me paraît maintenant nécessaire et obligatoire d’aller jusqu’au terme de ce chemin de mémoire que nous avons ouvert unanimement en 2001. Comment pouvons nous encore accepter les manifestations de nature négationniste comme celle que l’on a vu le 24 avril dernier à Lyon, lors de l’inauguration du mémorial du génocide arménien ? Il faut combler au plus vite le dangereux vide juridique qui s’est fait jour. La reconnaissance officielle de cette tragédie par la France n’est pas un acte isolé. Au contraire, notre pays s’est inscrit dans la logique des institutions internationales et européennes. Plusieurs Etats se sont déjà engagés dans cette voie avec le principal souci, non pas de culpabiliser l’actuelle Turquie, mais à l’inverse, de lui faire comprendre qu’une Nation ne s’affaiblit pas en reconnaissant son passé, la France a elle-même su le faire. Je me souviens aussi des raisons qui nous avaient amené à voter la loi de 2001. Nous avions le souci de participer à la réconciliation la ferme intention de rendre justice aux victimes de cette tragédie qui a marqué pour longtemps la mémoire collective du peuple arménien. Aujourd’hui, le Gouvernement de Monsieur De Villepin préfère pratiquer la politique de l’autruche. Pourtant, au-delà de la polémique, il me semble que la sanction du négationnisme aurait aussi l’avantage de combattre de manière efficace les tentations du communautarisme. En effet, le négationnisme attise aujourd’hui une certaine radicalisation des confrontations entre les communautés. Le sens des responsabilités nous commande donc de continuer à nous mobiliser pour garder intacte la mémoire du génocide arménien de 1915, comme de tous les génocides. Je reviendrai en séance, à la rentrée, pour débattre - peutêtre, mais tant a été dit - mais surtout avec la ferme intention de faire ce pour quoi j’ai été élu, c’est-à-dire voter cette reconnaissance en conscience, en responsabilité, au nom du Peuple français.
jeudi 7 septembre 2006,
Spidermian ©armenews.com

Bruno Le Roux est député socialiste de Seine-Saint-Denis.



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