Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour


Récit n° 35 de Ardzroun Mardiros Haroutiounian Né en 1907 à Van

Je suis né dans le quartier Aykéstan de Van. Les Arméniens de Van étaient des artisans, tailleurs, orfèvres, tisserands, horticulteurs... Mon père était tailleur, il cousait des vêtements pour hommes. Il y avait à Van des maisons de 4 ou 5 étages.

Mes parents avaient 7 enfants. Ils avaient aussi deux vaches, une vigne et des arbres fruitiers dont un noyer.

Les mouvements de fédayis étaient dirigés contre l’injustice, les vols et l’oppression. Mon père avait des fusils dans le cellier. En 1915, les Vanétsis ont pu se défendre, grâce à leurs fusils.

L’autodéfense naît quand le peuple est trop opprimé.

Sur le chemin de la déportation, comme nous passions sur le pont de Pantima, les Turcs derrière les rochers nous lançaient des flammes. On se serait cru à Sodome et Gomorrhe. Nous, avec les petits, nous étions dans des chariots. Un enfant, sous nos yeux, s’est mis a saigner, puis il a laissé tomber sa tête, il ne bougeait plus. Nous avons compris qu’il avait été tué.

J’ai 80 ans passés maintenant, je sens que ce carnage était prémédité. Les uns ont survécu à cet enfer, ils n’oublieront jamais ce qu’ils ont vu de leurs propres yeux.

A Iktir, mon père nous a trouvés. Nous sommes venus à Etchmiadzine. Toute la ville était remplie de réfugiés. Sous les murs du monastère, au bord du lac, tout notre peuple était en train de mourir. Nous ne sommes pas restés longtemps à Etchmiadzine. Nous sommes venus à Erevan, où est mort mon frère âgé de deux ans.

Nous sommes partis à Tiflis. Au cours du voyage, mes yeux s’étaient infectés, je ne voyais plus clair.

A Tiflis, nous avons été hébergés par le fils de mon oncle paternel. De toute notre famille, il ne restait plus que moi, Varastad, et ma mère. Mon père était mort à l’hôpital Aramian. Ma petite sœur, Arpénig, âgée d’un an, est morte à Tifig, ainsi que ma grande sœur Araxi. Elle avait une petite fille qui est restée orpheline. Mon beau-frère a épousé mon autre sœur Siranouche, pour qu’elle prenne soin de la petite. Eux sont partis habiter en Egypte. Nous ne sommes restés que trois, d’une famille de neuf personnes. Notre destruction est due à la déportation, aux maladies et aussi aux épidémies.

Nous sommes restés à l’orphelinat jusqu’en 1918. Il y avait là de futurs poètes et écrivains : Vagharchag Norents, Azad Vechdouni, Noraïr Tapaghian. A l’orphelinat, j’ai appris à lire et écrire.

Une nuit j’ai appris que notre orphelinat allait être déplacé à Kars, où avait été créé un centre de soins pour les jeunes enfants. Mais là il y eut beaucoup de pertes parmi eux. Ma pauvre maman faisait les lessives. Moi, je nettoyais les chaussures dans les rues, je vendais de l’eau, je m’accrochais aux wagons, , j’allais au village.

En 1928, j’ai été à Léninagan, au théâtre d’Etat, pour suivre des cours de théâtre. C’est Mravian qui nous dirigeait. C’est pour cela que le théâtre a porté le nom de Mravian. Ce théâtre m’a beaucoup apporté. Je me suis voué au théâtre. Je voulais servir mon peuple avec mes talents d’acteur.

Au bout de plusieurs années, je suis devenu un artiste rémunéré, un artiste du peuple.

Pendant la guerre, on m’a confié la fonction de directeur du théâtre. J’ai beaucoup réfléchi au sujet du génocide arménien ; je suis étonné qu’il y ait des Etats qui n’admettent pas le génocide.

J’ai aussi beaucoup rêvé d’aller voir notre Van. Je me rappelle le grand réservoir, qui irriguait les vignes de nos vignobles. Je voudrais voir qui est cet homme qui, sans la sueur de son front, profite de notre propriété familiale.

O justice, je crache sur ton front !

Témoignage recueilli par Verjine Svazlian.

Traduit de l’arménien par Louise Kiffer.

le 4 septembre 2006

lundi 4 septembre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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