Nouvelles d'Armenie    
GENOCIDE
Génocide Arménien : Un témoignage par jour

Récit n° 175 de Mardiros Kötchalian Né en 1898 à Beylan

L’attaque turque a dispersé les foyers arméniens.

Tout ce qu’on avait, tous nos biens ont été pillés.

Ils ont démoli et saccagé nos maisons. Et nous, ils nous ont déportés dans les déserts d’Arabie, nous affamant, nous laissant mourir de soif. Nous allions en mendiant. Nous ne savions pas où aller. Mon père n’a pas supporté, son sang lui est monté à la tête, il a rendu l’âme dans mes bras.

Mon frère aîné était "askiar" (soldat) dans l’armée turque. Il n’est pas revenu d’Egypte.

Nous sommes partis avec mes quatre frères, ma mère, avec les villageois de chez nous, nous allions en mendiant.

Nous marchions, les uns mouraient, les autres se perdaient, d’autres ne supportant pas la faim, ni la marche, se couchaient au bord de la route attendant la mort. Moi je me suis séparé des nôtres pour trouver un peu de pain pour mon plus jeune frère Meguerditch, qui était encore bébé. Avec quelques petits morceaux de pain dans mon sac, j’ai rejoint les miens. J’ai regardé ma mère, j’ai regardé mes frères, j’ai vu que Meguerditch ne se trouvait dans les bras de personne. J’ai demandé : "Où est mon frère ?" Ma mère m’a montré un récipient vide et s’est mise à sangloter. Elle était incapable de parler. Je me suis tourné vers mon frère Milidos, je l’ai interrogé. Il m’a dit en pleurant : "pour un bol de blé, nous l’avons vendu à des Arabes".

A mon retour, ils avaient déjà mangé ce blé. A quels Arabes ils avaient vendu l’enfant, ils m’ont montré l’endroit, mais à quoi bon aller chez les Arabes, puisqu’il ne restait plus de blé.

Nous sommes sortis de ce village d’Arabes, mais j’avais le cœur qui saignait. Après avoir beaucoup marché, j’ai vu que des fourmis transportaient du blé dans leur nid. J’ai aussitôt creusé un trou dans le chemin suivi par les fourmis, et j’ai mis tout au fond notre plus petit récipient. J’ai mis deux brindilles dans le récipient pour que les fourmis puissent remonter. La fourmi déposait son grain de blé dans le récipient et retournait. J’ai ainsi attendu jusqu’à ce que le récipient soit plein. J’ai dit aux miens : "Partez, moi je vous rattraperai". J’ai pris mon récipient rempli de blé, j’ai couru jusqu’à la maison de l’Arabe. Le maître de maison m’a permis de rentrer. Qu’est-ce que je vois ? Devant mon petit frère, il y avait plein de toutes sortes de bonnes petites choses à manger. J’ai tendu le blé à l’Arabe, je l’ai supplié de me rendre mon petit frère. Quand la femme arabe a vu mes larmes, elle s’est mise aussi à pleurer, qu’a-t-elle dit dans sa langue à son homme, je n’ai pas compris, mais l’homme s’est tourné vers moi, il m’a fait comprendre : ’emmène ton frère’ ! J’ai serré mon petit frère dans mes bras, mais voilà que mon petit frère ne voulait pas venir avec moi, il avait bien mangé là, il ne voulait plus partir.

Meguerditch a vu que je sortais la tête basse, il s’est levé, il s’est pendu à mon cou. Nous sommes revenus auprès des nôtres. Maman avait les yeux tout rouges d’avoir pleuré. Quand elle a vu l’enfant, elle a ouvert les bras, elle a couru, elle a arraché le petit de mes mains, elle l’a serré sur sa poitrine, elle s’est mise à sangloter. Puis nous sommes venus à Alep.

Témoignage recueilli par Verjine Svazlian. Traduit par Louise Kiffer

dimanche 3 septembre 2006,
Stéphane ©armenews.com


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