Nouvelles d'Armenie    
Jean-Michel Dubernard
Contre la négation du génocide
Le point de vue de Jean-Michel Dubernard


Le 18 janvier 2001, l’Assemblée nationale adoptait à l’unanimité la proposition de loi relative à la reconnaissance du génocide arménien. Cette loi a pu voir le jour grâce à la persévérance et la ténacité de parlementaires de tous bords. Cette date fut un tournant pour nos compatriotes d’origine arménienne qui considéraient, à juste titre, que le silence et l’oubli avaient jusque-là, par trop conforté l’injustice.

Cinq ans plus tard, le 18 mars 2006, une manifestation organisée à Lyon par le comité de coordination des associations turques de la région contre l’érection d’un mémorial à la mémoire de ce génocide dégénérait dans un négationnisme insupportable. Depuis lors et, à quelques jours de l’inauguration, cinq stèles blanches viennent d’être « taguées » au marqueur noir d’inscriptions telles qu’« il n’y a pas eu de génocide ».

Avec Emmanuel Hamelin et Christian Philip, députés UMP de Lyon, nous avons aussitôt condamné sans appel ce qui n’est rien d’autre qu’une violation de la loi et une insulte à l’égard de tous ceux dont la mémoire familiale est encore meurtrie par les événements de 1915. Personne n’ignore qu’il s’agit là d’un génocide au sens exact du terme, tel qu’il a été défini par l’ONU en 1948. C’est désormais un fait définitivement établi, qui ne souffre aucune discussion quant au fond.

Lyon, notre ville, ne mettra jamais sous le boisseau le passé de ses fils adoptifs tels que Djébrail Bahadourian ou encore Napoléon Bullukian, que j’ai eu le privilège d’accompagner les dernières années de sa vie. Je n’oublierai jamais ce qu’il m’a appris. Au-delà, Lyon, notre ville, ne passera jamais sous silence le génocide arménien, car c’est un crime contre l’humanité qui a été commis, et en tant que tel, il prend une dimension universelle.

C’est ce que j’ai tenu à affirmer mercredi 22 mars dernier, lors de mon intervention à l’Assemblée nationale à la séance des « Questions d’actualité ». En interrogeant le gouvernement, j’ai souhaité aussi inviter ce grand pays qu’est la Turquie à tenir compte de la vérité établie par les historiens et reconnue de manière internationale. J’ai souhaité inviter ce grand pays à exercer son devoir de mémoire au regard des crimes perpétrés au début du XXe siècle par l’administration ottomane. Je l’ai fait dans le même esprit que mes collègues du Parlement européen qui ont adopté le 15 décembre 2004 un appel visant à obtenir « des autorités turques la reconnaissance formelle de la réalité historique du génocide des Arméniens en 1915 ».

Au-delà de la question du devoir de mémoire, ces événements ont fait dire à certains que les Français d’origine arménienne participaient par leur comportement à la montée des communautarismes. C’est un non-sens ! Les français originaires d’Arménie ont payé le prix fort pour savoir ce qu’il fallait attendre des « raidissements » communautaires. C’est même, sans doute, cette spécificité, cette mémoire douloureuse, qui depuis trois ou quatre générations, justifient leur attachement aux valeurs de la République. Ils croient en la République, comme ils croient en la France, qui a eu le mérite de proposer au monde une théorie élective de la nation et qui a su la préférer, même dans les moments critiques, à la théorie ethnique ou organique de la communauté nationale.

Il demeure cependant qu’une société pluraliste n’est concevable que si chacun des groupes qui la composent a le sentiment de ce qui l’unit à l’ensemble, moyennant quoi elle est capable de concessions nécessaires à un esprit commun. La manifestation du 18 mars 2006, nous enseigne que notre pays doit se mobiliser à présent pour reconquérir cet équilibre entre l’individuel et le collectif. Nous y parviendrons, j’en suis sûr, en cherchant dans la fidélité à nos valeurs et à nos principes la force d’un nouveau sursaut.

mardi 2 mai 2006,
Spidermian ©armenews.com

Jean-Michel Dubernard est député UMP du Rhône.



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