Nouvelles d'Armenie    
Roland Blum
Lettre à monsieur l’ambassadeur d’Azerbaïdjan en France
Le point de vue de Roland Blum


C’est avec étonnement que je reçois votre courrier concernant « l’inexistence » du cimetière arménien de Djoulfa ainsi que le soi-disant « mensonge » concernant la reprise récente des profanations de ce même cimetière, situé dans la République autonome du Nakhitchevan de l’Azerbaïdjan.

En effet, dois-je vous rappeler que déjà, dès novembre 1998, des témoins situés sur la rive iranienne du fleuve Araxe ont rapporté que les Azéris détruisaient des stèles de Djoulfa avec des bulldozers puis aplanissaient les lieux. 30% du cimetière avait alors été anéanti !

En outre, de novembre 2002 à début 2003, les Azéris ont repris leur politique ouverte et planifiée de destruction massive des églises et stèles mortuaires, notamment dans le cimetière de Djoulfa presque totalement détruit à ce moment ! En août 2003, le rapporteur spécial de la commission des droits de l’homme, monsieur Abdelfattah Amor, a mentionné le cas de Djoulfa dans son rapport : il a transmis au gouvernement azerbaïdjanais des informations selon lesquelles des milliers de khatchkars auraient été détruits systématiquement dans le cimetière de Djoulfa depuis le 9 novembre 2002.

Enfin, en décembre 2005, de très nombreux khatchkars du cimetière de Djoulfa ont été une nouvelle fois détruits et rasés et leurs débris évacués par des soldats de l’armée azerbaïdjanaise, ceux-ci ayant été photographiés et filmés depuis la berge iranienne, saccageant et jetant dans le fleuve ce qui restait des stèles.

La destruction de khatchkars à une période et sur un territoire où il n’y a ni guerre, ni conflit ne pouvait être perçue que comme un acte intentionnel de vandalisme planifié par les autorités locales, qui continuent de faire preuve d’un profond mépris à l’égard des valeurs et de l’héritage culturel, et ceci dans le but d’éradiquer les traces de la présence millénaire des Arméniens dans la région du Nakhitchevan.

Vous connaissez l’attachement de la France à la préservation du patrimoine culturel mondial dont le cimetière de Djoulfa fait partie. Aussi, en adoptant une résolution sur la politique européenne de voisinage le 19 janvier 2006, le Parlement européen a invité les autorités azerbaïdjanaises à mettre fin à la démolition actuelle de cimetières médiévaux arméniens et de croix historiques sculptées dans la pierre au sud du Nakhitchevan.

En effet, l’Azerbaïdjan est un Etat tenu à un certain nombre d’obligations par le biais de conventions internationales qu’il a signées et ratifiées telles que les conventions du Conseil de l’Europe (convention culturelle européenne, convention-cadre pour la protection des minorités nationales, convention européenne révisée pour la protection du patrimoine archéologique) et la convention du patrimoine mondial de l’UNESCO. Les agissements de l’Azerbaïdjan ne respectent donc pas ces conventions. Ces exactions sont une atteinte à la mémoire des morts enterrés dans ces cimetières. Elles témoignent d’une volonté de nier le passé par la destruction de monuments qui en sont la preuve irréfutable.

La vérité historique sur le passé national, glorieux comme douloureux, est une condition essentielle de la vie démocratique d’un Etat.

En espérant que ces quelques remarques auront attiré votre attention, je vous prie de croire, monsieur l’ambassadeur, en l’assurance de ma haute considération.

dimanche 2 avril 2006,
Spidermian ©armenews.com

Roland Blum est député des Bouches-du-Rhône.



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