Nouvelles d'ArmÈnie
AZERBAIDJAN
Des pogromes de Soumgaït au génocide culturel de Djoulfa

mardi28 février 2006, par Gari/armenews
Alors que l’on commémore le 18e anniversaire des pogromes anti-Arméniens de Soumgaït, qui devaient donner le coup d’envoi de l’expulsion brutale de la totalité des Arméniens de l’Azerbaïdjan alors soviétique, les autorités de Bakou ne semblent guère disposées à demander pardon à la nation arménienne, comme en témoigne la violence avec laquelle s’acharnent aujourd’hui les Azéris à effacer les traces de la présence pluriséculaire des Arméniens en Azerbaïdjan, plus précisément au Nakhitchevan, où le cimetière de Djoulfa est régulièrement profané et vandalisé, et ses vénérables khatchkars, appartenant au patrimoine de l’humanité, détruits. Les pogromes perpétrés de fin février à début mars 1988 par des émeutiers azéris avec la complicité des autorités soviétiques étaient un crime contre l’humanité, visant intimider les Arméniens du Karabagh en voie d’émancipation, comme l’a rappelé une déclaration signée par les groupes de l’Assemblée nationale du Karabagh à l’occasion de ce 18e anniversaire. Et 18 ans après, alors qu’il n’y a plus d’Arméniens en Azerbaïdjan, c’est un génocide culturel et un crime contre un patrimoine de l’humanité que sont en train d’organiser les actuelles autorités de Bakou au Nakhitchevan, enclave azérie qui fut, rappelons-le, un fief du clan Aliev. La déclaration du parlement de Stépanakert déplore que ni les autorités soviétiques de l’époque, ni la communauté internationale, n’aient dénoncé et a fortiori sanctionné le crime perpétré à Soumgaït, dont l’impunité, rappelle le texte, a permis la répétition de crimes semblables à Gandzak, Bakou et dans le nord du Karabagh, l’élimination totale des Arméniens n’ayant été évitée que par le mouvement d’autodéfense organisé par le peuple du Karabagh, dont les succès sur le champ de bataille ont permis la conclusion d’un cessez-le-feu en 1994. Le texte déplore également le fait que malgré les graves préjudices causés aux deux peuples par le conflit armé, les autorités de Bakou persistent dans leur propagande anti-arménienne et mettent régulièrement en avant la solution militaire pour régler le différend au sujet du Haut Karabagh. Loin de s’engager sur la voie de la réconciliation et du repentir, les autorités azéries élèvent au titre de héros les auteurs de crimes contre les Arméniens, qu’il s’agisse des organisateurs des pogromes de Soumgaït ou plus récemment de l’officier azéri Ramil Safarov, en procès à Budapest pour avoir tué avec une hache l’officier arménien Gurgen Markarian, qui a été déclaré « homme de l’année » en 2005. La déclaration du Parlement de Stépanakert inscrit aussi dans le cadre de cette politique la destruction des khatchkars de Djoulfa au Nakhitchevan. Autant d’arguments, souligne le texte, qui plaide en faveur de la reconnaissance internationale du Haut Karabagh, dont le référendum du 10 décembre 1991 constitue le principal fondement juridique qui ne saurait être sujet à révision.
Les Azéris ne sont pas vraiment sur la même longueur d’onde, comme en témoigne la « manifestation pacifique » qui a rassemblé une centaine d’étudiants azéris et turcs dimanche à Bakou, au cours de laquelle des drapeaux arméniens et suisses ont été brûlés. En réponse aux commémorations arméniennes du pogrome de Soumgaït, les manifestants de Bakou ont honoré la mémoire des victimes de « Khodjalou », cette ville au nord de Stépanakert qui fut le théâtre d’une bataille entre les Arméniens et les Azéris en 1992 au cours de laquelle plusieurs dizaines de civils azéris furent tués, les soldats azéris ne leur ayant pas ouvert une voie de repli. Pour Bakou, Khodjalou est emblématique de la politique génocidaire que poursuivraient les Arméniens contre les Azéris. Brandissant des drapeaux d’Azerbaïdjan et de Turquie ainsi que des portraits de l’ancien président azéri Haïdar Aliev, les manifestants ont scandé des slogans condamnant le « génocide de Khodjalou » et réclamant la « liberté pour le Karabagh ». L’intervention de la police n’a pas empêché la poursuite de la manifestation, qui s’est conclue par une cérémonie de recueillement dans l’ « Allée des Shehids » ou « martyrs » azéris victimes des Arméniens.


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