
C’est devant une salle comble que s’est tenu jeudi 20 octobre à la mairie du 9e arrondissement de Paris le meeting de l’Association des amis des NAM sur le thème : "Que voulons-nous de la Turquie". Hrant Dink, Gérard Chaliand, Alexis Govicyan et Ara Toranian ont pris part aux débats, animés par Isabelle Kortian. La discussion s’est engagée avec la salle après que les chroniqueurs des NAM, René Dzagoyan, Denis Donikian, Michel Marian, auxquels s’était joint Gaïdz Minassian eurent posé leurs questions à l’invité principal, Hrant Dink, qui avait fait le voyage d’Istanbul pour assister à la soirée.
Le directeur de l’hebdomadaire arménien Agos, qui a plaidé en faveur de l’entrée de la Turquie en Europe (sous conditions), a notamment déclaré que la question du génocide arménien n’était plus un tabou dans ce pays. "Tous les jours des articles paraissent sur le sujet dans la presse turque a-t-il dit. Mais on est encore loin de la reconnaissance du génocide par l’état. Cette période intermédiaire pourrait cependant être délicate pour la communauté arménienne d’Istanbul. Pour Dink, le véritable enjeu est de vaincre l’ignorance au sein même du peuple turc. La reconnaissance du génocide par ce dernier lui paraît plus fondamentale que par l’Etat." Quant à l’Europe, Dink a lancé : "au lieu de vous mobiliser contre l’entrée de la Turquie, luttez pour l’adhésion de l’Arménie à l’Union européenne".
L’autre intervenant, Gérard Chaliand a tenu à parler en tant que français d’origine arménienne et non en tant qu’Arménien de France. Il s’est prononcé à ce titre contre l’entrée de la Turquie dans l’Europe et s’est livré à un démontage de l’argumentation favorable à l’adhésion. Il s’est également élevé contre toute revendication territoriale ou autres réparations qui ne peuvent selon lui que freiner le processus de reconnaissance du génocide par la Turquie. "Un problème qui est l’affaire d’Ankara et déjà plus celui de la diaspora arménienne a-t-il dit". Celle-ci a selon lui accompli le gros de son travail en réussissant à briser le mur international du silence sur cette question.
Alexis Govciyan s’est également dit hostile à l’entrée de la Turquie et a insisté sur le fait que si celle-ci changeait, il était aussi nécessaire que le peuple arménien évolue dans son rapport à la politique. Ara Toranian a pour sa part conclu la réunion en rappelant que ce débat avait avant tout un caractère informatif et qu’il ne se proposait pas de délivrer un message politique particulier. Si ce n’est le fait que la réflexion doit pouvoir s’enrichir de points de vue différents, et que celui des Arméniens de Turquie, qu’on entend peu, devait être écouté.
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