Nouvelles d'Armenie    
Marc Knobel
Ne laissons pas nos mémoires être entachées
Le point de vue de Marc Knobel


Par assignation du 23 novembre 2001, J’Accuse, l’Union des étudiants juifs de France, Mémoire 2000, le Consistoire central et la LICRA avaient fait citer les éditions Robert Laffont et le Quid devant le tribunal de grande instance de Paris statuant en référé, en raison d’une étude publiée dans l’édition 2002 du Quid et sur son site internet. Cette étude était consacrée au nombre de victimes juives du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. L’article dressait, dans l’ordre décroissant du nombre de victimes, une liste d’évaluations diverses publiée depuis la guerre. En fin de texte, apparaissait la dernière source citée : « Faurisson (révisionniste) : 150 000 (morts) en tout (dont environ 100 000 Juifs, la plupart morts du typhus) ». Lors du procès, les associations s’étaient étonnées que la propagande antisémite de Robert Faurisson soit jugée digne d’accéder au rang de « connaissance » sous la caution scientifique et morale du Quid et qu’elle soit ainsi offerte au plus grand nombre, sans autre précaution que l’usage du terme « révisionniste » (abscons pour la plupart et encadré dans le texte d’obscurs guillemets).
Au cours de cette première procédure, l’éditeur s’était engagé à retirer les références litigieuses de son édition 2003. La modification n’ayant pas été réalisée, les associations ont réclamé le retrait de la vente de l’ouvrage. Mais dans une décision du 6 novembre 2002, le juge avait estimé qu’il était suffisant d’envoyer un texte récapitulatif et de faire insérer un erratum dans les 100 000 exemplaires encore à l’impression. Faisant constater que cette obligation n’était pas remplie, les associations ont ressaisi la justice et ont obtenu que le TGI de Paris condamne le Quid et son éditeur pour avoir violé un accord conclu avec les associations. Finalement le Quid a fait disparaître cette mention. En 2003, j’ai eu l’idée de regarder ce qui était écrit sur le Quid concernant le génocide arménien. J’ai immédiatement alerté les associations arméniennes lorsque j’ai pris connaissance de chiffres qui sont donnés par le Quid sur le génocide arménien.
Le 27 mai 2003, le CDCA et le CCAF, auquel se sont joints Mémoire 2000, l’UEJF et J’Accuse, ont déposé une assignation contre le Quid et les éditions Robert Laffont pour « diffusion de propagande négationniste ». Le 25 mai 2005, le tribunal a écouté avec attention les avis exprimés par les avocats des associations plaignantes (Maîtres Bernard Jouanneau et Serge Tavitian pour le CDCA et le CCAF, Maître Mathilde Jouanneau pour Mémoire 2000, Maître Stéphane Lilti pour l’Union des Etudiants Juifs de France et Maître Richard Sebban, pour J’accuse). Dans son jugement, la 17e chambre du TGI, présidée par Joël Boyer, a estimé que la présentation faite par le Quid était fautive « au regard des exigences attendues d’un ouvrage à vocation pédagogique qui se prévaut d’un souci d’exactitude et de neutralité ».
Le tribunal a relevé plusieurs éléments pour étayer sa décision. Tout d’abord, le Quid a eu recourt « à un vocabulaire approximatif, banalisant et relativisant la réalité et la portée historique du fait commenté ». Par ailleurs, les auteurs du livre se sont référés à une « estimation grossièrement sous-estimée du nombre de victimes » faite par un historien américain, « tenu pour négationniste ». Enfin, le Quid a juxtaposé, « de manière particulièrement déséquilibrée, la position turque sur le sujet, fort précise et développée, et la position arménienne, sommairement exposée ». Selon le tribunal, le Quid a ainsi causé « aux proches et aux héritiers de cette communauté, ainsi qu’aux groupements qui ont pour objet de maintenir la mémoire de ces événements, un trouble et une douleur morale d’autant plus vifs que le souvenir et l’attention historique venaient à peine de triompher de décennies de silence ».
En conséquence, Robert Laffont et la société Quid ont été condamnés à payer solidairement à chacune des associations un euro de dommages-intérêts.
Nous sommes particulièrement heureux de ces décisions de justice. Notre détermination prouve s’il en est que nous ne devons pas reculer, pas plus que nous ne devons tolérer que l’on entache et salisse notre mémoire. Les assassins de la mémoire, qu’ils fussent peu nombreux ou portés par un Etat, doivent être combattus avec la détermination du Juste et de la raison. Les victimes des génocides, qu’elles fussent juives ou arméniennes ont le droit de reposer en paix et il est de notre impérieux devoir de faire preuve de détermination et de solidarité. Je ne suis pas Arménien, je suis Juif. Mais lorsque l’on attente à votre mémoire, je veux être un Arménien de coeur et de combat.
jeudi 1er septembre 2005,
Spidermian ©armenews.com

Marc Knobel est président de J’Accuse et chercheur au CRIF.



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