Nouvelles d'Armenie    
Marielle de Sarnez
Bruxelles :
une décision politiquement inacceptable.
Le point de vue de Marielle de Sarnez


Le 17 décembre dernier, à Bruxelles, les 25 chefs d’Etat et de gouvernement ont décidé d’ouvrir des négociations avec la Turquie en vue de son adhésion. Cette décision est démocratiquement, politiquement et moralement inacceptable.
Elle est démocratiquement inacceptable. Cette décision a été prise solitairement par le président de la République et sans qu’à aucun moment le peuple français ait été associé à la prise de décision. Rappelons que, déjà, à Helsinski en 1999, Jacques Chirac et Lionel Jospin avaient accordé le statut de candidat à la Turquie, et ce, sans qu’aucun débat ait eu lieu sur les conséquences d’une telle décision !
Rappelons aussi que, à l’initiative de l’UDF, s’est finalement tenu - après de nombreuses tergiversations - un débat à l’Assemblée nationale le 14 octobre dernier. Mais le gouvernement a alors refusé que les parlementaires, pourtant représentants du peuple de France, exercent leur droit de vote sur l’opportunité d’ouvrir ou non les négociations. Chacun des groupes parlementaires avait soutenu l’idée d’un partenariat privilégié. Même cette position unanime du Parlement n’aura pas été prise en compte par les autorités françaises. De plus, pendant des semaines, ce même gouvernement nous a expliqué que la question de la Turquie relevait du « domaine réservé », comme si la question de l’élargissement de l’Europe à la Turquie était une question de politique étrangère !
Cette décision est politiquement inacceptable.
La vision défendue par le président de la République est celle d’une Europe simple zone de libre-échange, sorte d’ONU régionale, fonctionnant comme un club des chefs d’Etat et de gouvernement, sans contour, sans projet défini, sans ambition partagée. Une Europe qui n’aurait comme but ultime que la course effrénée à l’élargissement au risque de se diluer et de s’affaiblir durablement.
Cette conception de l’Europe met gravement en péril la vision qui est la nôtre. C’est-à-dire celle d’une Europe intégrée, unie et politique, portant haut et fort des valeurs, un projet de société et une identité. Une Europe démocratique, dans laquelle les citoyens - et non seulement les gouvernants - peuvent s’exprimer et participer aux décisions. Une Europe forte dont la vocation est de peser dans le monde pour en changer l’équilibre.
Enfin cette décision est moralement inacceptable. Le président de la République a accepté d’ouvrir les négociations avec la Turquie en vue de son adhésion sans fixer comme condition majeure la reconnaissance du génocide arménien.
Depuis longtemps, les responsables de l’UDF ont plaidé en faveur de cette reconnaissance et participé pleinement à sa réalisation effective. J’ai pour ma part pris l’initiative au Parlement européen de faire voter la reconnaissance du génocide arménien en 2000 et proposé encore tout dernièrement que la reconnaissance du génocide arménien soit « un préalable à toute négociation ».
Obéissant à des considérations incompréhensibles, le Conseil européen du 17 décembre a passé outre ces recommandations et accepté, sans en discuter à aucun moment, toutes les conditions posées par la Turquie, y compris celle de la non-reconnaissance de Chypre, pourtant membre de l’Union Européenne. La reconnaissance du génocide arménien, l’existence de Chypre, le respect des droits de l’homme et des libertés, ce ne doit plus être des vœux pieux, cela doit devenir des exigences politiques et morales.
Exigence de justice, de démocratie et de cohérence, tel est le message que nous continuerons inlassablement de porter dans les mois qui viennent.
dimanche 2 janvier 2005,
Spidermian ©armenews.com

Marielle de Sarnez est présidente de la délégation UDF au Parlement européen.



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