Nouvelles d'Armenie    
Marie-Arlette Carlotti
La Turquie doit se démocratiser en profondeur et assumer son passé pour se construire un avenir européen
Le point de vue de Marie-Arlette Carlotti


Au tournant des XIXe et XXe siècles, un crime d’une ampleur jusque-là inégalée a été commis contre le peuple arménien, au cours d’une période sanglante qui s’étale de la fin du XIXe siècle jusqu’en 1922. Le génocide perpétré contre le peuple arménien est sans doute la première manifestation moderne de cette volonté d’éradication d’un peuple, d’une culture qui, par la suite, a ensanglanté l’Europe et le monde. A l’heure où les derniers rescapés des carnages, les derniers témoins de l’exil s’éteignent doucement, le travail de mémoire s’impose plus que jamais.
C’est le sens de mon engagement en faveur des intérêts et des combats politiques des communautés arméniennes de France et d’Europe.
En France, ce combat est celui du parti Socialiste. C’est lui qui a été le fer de lance de la reconnaissance officielle du génocide arménien par l’Assemblée nationale en 1998 puis par le Sénat.
Au sein du Parlement européen, j’ai mené le combat politique et législatif pour faire partager et adopter nos préoccupations communes sur le resserrement des liens entre l’Union européenne et la République d’Arménie, la démocratisation et le respect des minorités en Turquie ou la reconnaissance du génocide arménien.
Un combat sans relâche dont tous les textes sur la région du Caucase ou la Turquie votés par le Parlement européen portent la trace.
Cet engagement prend tout son sens au moment où le débat sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne fait rage.
Le Conseil européen doit se prononcer le 17 décembre 2004 sur l’ouverture de négociations d’adhésion. Le débat bat son plein au sein du Parlement européen qui doit rendre son avis le 2 décembre.
Il est clair aujourd’hui que les conditions de cette adhésion ne sont pas réunies.
Je me refuse à invoquer de mauvaises raisons. L’Europe que j’appelle de mes vœux n’est en aucun cas un « club chrétien ». Le penser ou le prétendre serait une offense faite aux millions de musulmans présents sur les sols français et européen et aux pays d’Europe à majorité musulmane dont la vocation à une adhésion future ne fait pas de doutes.
C’est ma conviction : la Turquie doit se démocratiser en profondeur et assumer son passé pour se construire un avenir européen.
Je suis particulièrement vigilante sur le respect par la Turquie des exigences de l’UE en matière de démocratisation, de promotion des droits de l’homme et respect des minorités.
L’adhésion à l’Union européenne est synonyme d’adhésion à certaines valeurs, parmi lesquelles figure la reconnaissance des erreurs du passé pour mieux construire l’avenir. Car c’est bien de cette analyse lucide de ses drames et déchirements passés qu’est née l’Europe et qu’elle s’élargit aujourd’hui.
Une vision en totale contradiction avec la conception exprimée récemment par Jacques Chirac qui a conseillé de « ne pas juger l’avenir en fonction du passé » et prétendu que la reconnaissance du génocide arménien par l’Etat turc constitue « un problème qui concerne les relations entre la Turquie et l’Arménie ».
La Turquie ne pourra prendre part à la dynamique européenne que si elle devient enfin ce grand Etat musulman laïque et démocratique qu’elle prétend incarner. Un pays qui retrouve sa grandeur en assumant son passé - dans ses pages les plus sombres sur lesquelles figure le génocide arménien - comme l’Allemagne a pu relever la tête au lendemain de la dernière guerre en reconnaissant la Shoah. Fidèle à ces convictions, j’ai déposé plusieurs amendements en ce sens au rapport « sur la recommandation de la Commission européenne concernant les progrès réalisés par la Turquie sur la voie de l’adhésion », dont l’examen est en cours au Parlement européen. je demande notamment :
  • une référence à la résolution de 1987 du Parlement européen sur la reconnaissance du génocide arménien,
  • la reconnaissance du génocide arménien comme préalable à toute éventuelle adhésion,
  • l’abrogation de l’article 305 du code pénal turc qui fait du droit d’expression sur le génocide un délit d’opinion.
La vérité et la mémoire ne se négocient pas. Et cette mémoire, c’est celle de l’ensemble des communautés arméniennes dispersées de par le monde qui, depuis près de 90 ans, s’efforcent de faire connaître et reconnaître la réalité de ce génocide par la communauté internationale.
C’est aussi et surtout celle des jeunes générations arméniennes dont les ancêtres ont choisi massivement de s’implanter dans le Sud de la France, particulièrement à Marseille et à Lyon, et qui apportent tant à ces villes et ces régions.
Je m’engage à poursuivre le combat à leurs côtés, dans les enceintes politiques nationales, européennes et internationales. Je continuerai à peser pour une reconnaissance universelle du génocide arménien. S’ajoutant à une longue liste, le Canada s’est récemment prononcé officiellement en ce sens. Je m’en réjouis. Je souhaite désormais que chacun des 25 pays de la nouvelle Union européenne, et au-delà l’ensemble des grandes démocraties rejoignent cette reconnaissance mondiale en marche.
Tel est le sens de l’Histoire et telle est l’exigence de la justice.
mercredi 1er décembre 2004,
Spidermian ©armenews.com

Marie-Arlette Carlotti est député europeen PS.



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