Nouvelles d'Armenie    
Thierry Cornillet
Accepter la Turquie risquerait de dénaturer l’Union
Le point de vue de Thierry Cornillet,


L’affirmation générale qu’il y a bien eu, en 1915, un génocide du peuple arménien et par conséquent, sa reconnaissance officielle font partie depuis bien longtemps des préoccupations du Parlement européen. Celui-ci a d’ailleurs pris, le 18 juin 1987, une position historique à l’occasion d’une résolution générale, toujours en vigueur, relative à la candidature de la Turquie.
Plusieurs préalables dont la reconnaissance par l’Etat Turc du génocide arménien de 1915 ont été, à cet effet, très précisément définis.
Aujourd’hui, cette nécessité de reconnaissance s’ajoute à d’autres critères dont ceux dits de Copenhague qui s’appliquent à tous pays candidats.
Le Parlement européen rappelle d’ailleurs régulièrement ces mêmes positions lors des séances d’examen et de vote des rapports sur l’état de préparation de la Turquie, notamment pour ce qui concerne les droits de l’homme et la place des minorités.
Dans ce cadre, il est très aisément concevable que la communauté arménienne et ses très nombreux amis portent, partout en Europe, et plus généralement dans tous les pays du monde, un attachement viscéral à la reconnaissance d’un génocide atroce, fondateur des catastrophes du XXe siècle.
C’est pourquoi, l’UDF à laquelle j’ai l’honneur d’appartenir a toujours appuyé cette demande légitime, notamment en faisant inscrire le 18 janvier 2001, à l’Assemblée natio-nale le vote en deuxième lecture de la loi portant sur la reconnaissance par la France du génocide arménien de 1915. Il s’agit pour nous d’une question universelle qui peut et doit interpeller chacun de nos concitoyens.
Toutefois la reconnaissance du génocide par l’Etat Turc et l’idée même de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne devraient, me semble-t-il, être considérées comme deux choses relativement distinctes.
D’une part, à l’instar de l’Allemagne pour la Shoah et de la France pour les responsabilités du gouvernement de Vichy, la Turquie s’honorerait d’assumer son histoire quel que soit le traitement qui serait fait de sa candidature à l’Union.
En effet, les pays qui n’assument pas les pages noires de leur passé ne peuvent construire un avenir basé sur des principes républicains de démocratie, de justice et de respect de tous, et comme chacun le sait, cela constitue le socle des valeurs qui doivent être partagées par tous les pays européens.
D’autre part cette reconnaissance, si toutefois elle devait intervenir, ne saurait à elle seule justifier l’éventualité d’une adhésion.
Celle-ci devra dépendre aussi bien de critères objectifs sur la base principale de ce qui a été défini, en 1999 à Copenhague (la Commission européenne doit rendre en fin d’année un rapport à ce sujet) mais aussi et surtout de critères politiques d’opportunité.
Pour sa part, l’UDF a toujours eu sur ce sujet une position constante et estime, qu’en l’état, il est inopportun d’accepter la candidature de la Turquie dans la mesure où son entrée ferait courir un vrai risque de dénaturation de l’Union. Il faudra d’abord essayer de « digérer » les 10 et bientôt 12 pays entrants et pour cela, adopter et mettre en œuvre les nouvelles règles institutionnelles et notamment une nouvelle constitution.
Néanmoins, nous avons l’échéance de décembre 2004, c’est-à-dire le rapport que doit rendre la Commis-sion européenne sur ce sujet. Pré-cisons que ce rapport n’a pas pour but d’accepter ou non la candidature mais simplement defaire un point d’étape et de constater si la Turquie est en mesure d’espérer pouvoir, un jour, présenter officiellement sa candidature sur la base des seuls critères dits de Copenhague.
Il est temps que l’Union européenne ait une position claire vis-à-vis de la Turquie et de son peuple et fasse des propositions sérieuses de travail et de défense de nos intérêts communs, hors hypothèse d’une adhésion de plein exercice.
« Moins que l’adhésion, plus que l’association », telle est la position que nous défendons. Il s’agira d’aller vers cette nouvelle solution, et chacun devra se déterminer, en fonction de choix et de critères bien identifiés et il faudra que les responsables politiques fassent preuve d’une véritable détermination.
Pour cela, chacun doit envoyer des signes clairs à l’autre et en ce sens la reconnaissance du génocide arménien de 1915 serait, de la part de l’Etat Turc, un signe majeur de bonne volonté, d’ouverture d’esprit et de maturité politique.
samedi 1er mai 2004,
Spidermian ©armenews.com

Thierry Cornillet estéputé européen, secrétaire national de l’UDF et président du Groupe UDF au Conseil Régional Rhône Alpes.



CET ARTICLE VOUS A PLU ?  POUR AIDER LE SITE A VIVRE...
Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)

    
     Imprimer l'article




THEMES ABORDES :
Cornillet