Nouvelles d'Armenie    
Henri Bertholet
Le courage d’un peuple
Le point de vue de Henri Bertholet


« Pour perpétuer le souvenir du génocide des Arméniens de l’empire Ottoman (1915), rendre hommage aux victimes de tous les génocides commis au cours du XXème siècle et appeler chaque citoyen à se mobiliser pour la défense des droits de l’homme, un lieu de mémoire verra bientôt le jour, au coeur de la ville. Proposé par l’Amicale des Arméniens et conçu par l’architecte Rafi Bedrossian, cet espace, situé sur la partie ouest de la Place Jules Nadi, au carrefour de la Côte des Cordeliers sera réalisé par la Ville de Romans ».
Dans son numéro de février, le bulletin municipal Romans Magazine disait ainsi l’essentiel à propos de la réalisation en cours, à l’entrée de cette place qui porte le nom d’un ancien maire et où se trouve l’Hôtel de Ville de Romans.
L’originalité de la démarche
Dès l’origine, le souhait manifesté par les responsables de l’Amicale des Arméniens était porteur d’universalité. Certes, il s’agissait clairement de rappeler le génocide de 1915 et de rendre hommage à ses innombrables victimes. Et cette attente rencontrait naturellement ma démarche de député, engagé avec d’autres membres du groupe socialiste dans l’initiative qui allait aboutir à la reconnaissance du génocide par l’Assemblée nationale. Mais il s’agissait aussi, par delà l’évocation du premier génocide du XXe siècle, d’appeler chacun à se remémorer l’horreur de toutes les entreprises d’extermination de groupes humains dont le siècle qui vient de s’achever restera marqué.
Pour les responsables de l’Amicale comme pour les élus que nous sommes, rappeler le martyre des Arméniens de l’Empire ottoman, ce n’est certes par oublier ni minimiser l’extermination des Juifs d’Europe par les nazis et leurs complices. (Entreprise froidement planifiée, « industrielle », et dont -sans doute- le précédent que constituait le génocide de 1915 avait contribué à convaincre Hitler et les siens qu’elle était possible).
Ce n’est pas non plus ignorer, plus près de nous dans le temps, le massacre d’une partie de la population du Rwanda par une autre au nom de différences d’ailleurs difficiles à déterminer par les massacreurs eux-mêmes. Et ce n’est pas non plus oublier que le crime d’extermination n’avait pas attendu le XXe siècle pour ensanglanter l’Histoire (qu’il s’agisse par exemple de « La conquête de l’Ouest » ou d’autres aventures coloniales).
Cette mémoire des pages les plus sombres de l’histoire humaine, nous avons ensemble voulu qu’elle soit aussi un appel. Un appel pour que les hommes et les femmes d’aujourd’hui et de demain refusent, quelles que soient les circonstances, de se laisser, jamais, entraîner dans les engrenages de pensées, de sentiments, d’actions (ou d’inactions complices) qui peuvent conduire au retour de pareilles ignominies. Un appel au refus des discriminations et du racisme. Un appel à l’intelligence, à la connaissance et à l’ouverture d’esprit, à l’unité du genre humain dans le respect des diversités culturelles. Un appel au respect absolu des droits de l’homme.
Par ailleurs, au-delà de ce message politique et moral, l’Amicale avait également manifesté, dès le début, la volonté que sa réalisation, tout en évoquant l’héritage culturel arménien, s’intègre bien dans la ville et contribue à son embellissement.
Un engagement partagé
La démarche de l’Amicale, ainsi motivée, ne pouvait que rencontrer mon propre engagement et celui de notre équipe municipale. Engagement fondé notamment sur le respect vigilant des droits de l’homme.
L’histoire du génocide des Arméniens nous rappelle en effet qu’après d’autres épisodes de massacres, la décision de trancher la question arménienne par l’éradication d’un peuple n’est pas venue d’où on aurait pu plus vraisemblablement l’attendre.
Qui aurait pu, parmi les dirigeants occidentaux qui mettaient tant d’espoir dans ces dirigeants « modernistes », prévoir que c’est au sein même du « Comité Union et Progrès » que se formerait le projet du crime absolu ? Qui aurait pu le savoir, même parmi les responsables politiques arméniens de l’Empire ottoman ? On ne répétera donc jamais assez la leçon de la vigilance, y compris, bien sûr, la vigilance envers soi-même, car l’histoire montre qu’aucun groupe humain n’est à l’abri de terribles régressions vers la barbarie. Notre engagement, c’est aussi celui qui marie la fidélité à notre héritage et l’ouverture au monde. Beaucoup de Romanais sont volontiers fiers de l’histoire de leur ville, de ses combats pour les libertés, de son patrimoine architectural. La municipalité est attachée à cette culture des « racines » et d’une « identité » d’ailleurs sans cesse interpellée et enrichie par de nouveaux apports. En même temps, elle est convaincue que, si sa compétence est par définition avant tout locale, plus que jamais, le monde doit être pensé globalement et qu’il est même urgent de mieux l’organiser au niveau planétaire. C’est pour contribuer, à notre modeste mesure, à cette ambition d’un monde plus juste et plus fraternel que nous avons développé de multiples relations suivies de jumelage et de coopération décentralisée.
Et c’est ainsi que, tournée notamment vers des pays dont sont originaires des groupes de Romanais, notre ville entretient depuis plusieurs années des relations suivies de coopération et de solidarité avec la ville arménienne de Vardénis, près du Lac Sévan.
La municipalité conduit pour cela un partenariat efficace et chaleureux avec l’Amicale des Arméniens de Romans et de sa région. Elle est, comme dans ces relations avec tous les habitants qui ont des racines ailleurs dans le monde, animée par la conviction fondée sur la conception française de la nationalité, qu’on peut être à la fois fidèlement attaché à l’histoire de ses ancêtres, aux richesses de leur héritage culturel et totalement français, au point même, comme l’ont montré tant de héros de la résistance, de faire pour la France le sacrifice de sa vie.
Au coeur même de la cité
Et c’est en considération de tout cela que la recherche du lieu propice à la réalisation du projet nous a conduits à retenir l’espace qui ouvre sur la place bordée par l’Hôtel-de-Ville, et la principale salle de spectacles et de réunions, l’un des lieux quotidiennement les plus fréquentés et où se déroulent au cours de l’année des manifestations diverses. Sa réalisation constituera même la première tranche du réaménagement futur destiné à rendre la place plus harmonieuse et plus conviviale.
Par sa coloration « arménienne » bien intégrée dans l’espace elle enrichira le patrimoine urbain de Romans en même temps qu’elle sera porteuse de ses messages universels.
samedi 1er mars 2003,
Spidermian ©armenews.com

Henri Bertholet est maire de Clamart.



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