Nouvelles d'Armenie    
Hubert Falco
L’étendard de la dignité
Le point de vue de Hubert Falco


« Un génocide n’est pas la tragédie d’un seul peuple mais celle de l’humanité tout entière ». En demandant solennellement en mars 1998 la reconnaissance internationale du génocide arménien, le président Robert Kotcharian avait souligné la dimension universelle d’un tel drame, les atrocités commises à l’encontre d’une population spécifique relevant en effet du crime contre le genre humain dans son ensemble. Chacun de nous peut un jour être « l’autre », haï et pourchassé pour sa différence : l’histoire de l’humanité nous a malheureusement fourni de nombreux exemples de persécutions en tout genre et l’aube du XXIe siècle n’est pas faite pour nous rassurer.
Je voudrais rendre hommage à la farouche volonté de la communauté arménienne, à sa force et sa détermination à voir reconnus les horribles massacres dont elle a été l’objet systématique dans les années 1915-1916. II aura fallu une totale abnégation de ses représentants, une ténacité de tous les instants, pour qu’enfin se concrétisent ses espoirs et soit reconnu le drame atroce qui fit en son sein près d’un million et demi de morts.
Qu’il me soit permis, au nom de cette « humanité tout entière », de les remercier et de leur dire tout ce que nous leur devons : en luttant contre les falsificateurs de l’Histoire, ils mènent la bataille contre l’oubli et pour la dignité de l’homme. En tant que sénateur, je suis fier d’avoir été au Sénat de la République Française parmi les défenseurs, aux côtés de mon ami Jean-Claude Gaudin, de la proposition de loi qui a vu la France reconnaître publiquement le génocide arménien.
Cette reconnaissance, outre une indispensable réparation morale suite à des décennies d’outrages, a aussi constitué un signe amical adressé à la diaspora dans son soutien au renouveau arménien. Notre pays a des liens profonds et cultive de solides relations avec l’Arménie renaissante. Celle-ci peut compter sur la France pour l’aider à surmonter ses difficultés.
Le 7 novembre 2000, en reconnaissant le premier grand massacre du XXe siècle, le Sénat a consacré la victoire de la dignité sur l’ignominie, de la vérité sur l’obscurantisme, de la démocratie sur la barbarie. De dramatiques événements viennent aujourd’hui nous rappeler que ce combat n’est jamais achevé. Le devoir de mémoire est également un moyen symbolique de s’inscrire dans l’avenir. Et de garder à l’esprit les leçons du passé.
Comment envisager un monde plus juste si l’incompréhension se creuse entre les peuples ? Comment construire ce monde de demain, et notamment l’Europe, si nous ignorons les souffrances gravées dans les cœurs et les malheurs accumulés ?
Le long combat des Arméniens est en cela et à plus d’un titre exemplaire. Contre le mensonge organisé, il nous montre que l’opiniâtreté peut et doit l’emporter. Contre la loi du plus fort trop souvent invoquée, il témoigne qu’il ne faut jamais baisser les bras.
C’est par un hommage sincère à cette communauté illustrant parfaitement les notions d’intégration républicaine et de maintien d’une identité culturelle que je souhaite conclure cette tribune.
Sans renier son passé et son identité, elle a totalement fait siennes nos valeurs d’ouverture et de tolérance et apporté sa contribution à la bonne marche de notre pays. Qui plus est, en se battant pour leur dignité, les Français d’origine arménienne ont épousé la cause de tous les humiliés et de toutes les victimes de l’histoire. C’est au nom de ce même étendard que nous relèverons ensemble les défis qui nous attendent. Nous écrirons ainsi de nouvelles pages d’une histoire qui nous a si souvent rassemblés.
vendredi 1er novembre 2002,
Spidermian ©armenews.com

Hubert Falco est secrétaire d’Etat aux personnes âgées et maire de Toulon.



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