Nouvelles d'Armenie    
Patrick Devedjian
Un devoir républicain et universel
Le point de vue de Patrick Devedjian


La reconnaissance du génocide arménien n’est pas seulement une affaire entre les Turcs et les Arméniens comme certains esprits sans envergure ont pu le prétendre. Chacun de nous est comptable de la condition humaine tout entière. Notre planète qui devient de plus en plus petite pour les peuples qui y vivent a besoin de règles universelles pour assurer sa survie. Le XXe siècle aura été celui où l’homme capable du meilleur, aura également accompli le pire. Les progrès techniques se sont aussi manifestés dans le crime. Jamais les exterminations de peuples n’auront connu une telle étendue : Les Arméniens, les Juifs, les Khmers, les Rwandais... La prévention des génocides à venir est donc une exigence qui s’impose à toutes les nations. Cela commence par l’identification du phénomène et sa dénonciation, et cela continue par la condamnation. La France plus que d’autres nations a des devoirs dans ce domaine. Elle a été la première à exprimer sa vocation universelle par l’affirmation de la déclaration des Droits de l’Homme. Elle se renierait en disant « je ne veux pas le savoir ». Son rayonnement international, malgré l’affaiblissement de sa puissance, a toujours tenu au retentissement de son discours moral. Brader cette autorité contre la vente, souvent à perte, de quelques canons, serait une politique de gribouille. On l’ignore souvent, mais notre pays a contracté des obligations morales à l’égard des Arméniens. Pendant la guerre 1914-1918, alors que la Turquie était l’alliée de l’Allemagne et que le génocide se développait, la France s’est engagée par une déclaration solennelle, à poursuivre devant une juridiction internationale les auteurs de l’extermination. Elle n’avait donc aucun doute sur ce que son ennemi était en train de faire. Devant le génocide, elle levait des troupes constituées d’Arméniens réfugiés qu’elle engageait dans les combats, tandis qu’elle occupait militairement l’ancienne Cilicie. En 1919, en même temps que la Syrie et le Liban, la SDN confiait à la France un mandat sur cette même Cilicie que le dictionnaire appelle la Petite Arménie. Là se formait sous son drapeau le rassemblement de beaucoup de survivants persécutés. Mais en 1922 elle les abandonnait comme elle oubliera plus tard les harkis de l’Algérie. Tant au plan de son histoire, qu’à celui de sa vocation universelle, la France a des devoirs envers les Arméniens qui lui ont fait confiance et qui l’aiment au point de l’avoir choisie de manière préférentielle pour s’y réfugier. Le génocide est l’élément traumatisant et constitutif de toutes les minorités qui ont eu à le subir : sa reconnaissance est la condition de l’apaisement. L’oubli ne peut s’établir sur le mensonge qui ravive la douleur lancinante. La reconnaissance est aussi la condition de toute réconciliation : le respect entre les peuples ne peut se fonder que sur la vérité. Puisse la Turquie le comprendre un jour ; puisse le concert des nations y concourir et notre pays en particulier. C’est ainsi seulement qu’on oeuvre pour la paix et le progrès de l’humanité.
vendredi 1er décembre 2000,
Spidermian ©armenews.com

Patrick Devedjian est député-maire d’Antony et porte-parole du RPR.



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