Nouvelles d'Armenie    
Jean-Claude Gaudin
Une nécessaire reconnaissance
Le point de vue de Jean-Claude Gaudin


Chacun connaît l’état actuel du processus d’adoption de la proposition de loi reconnaissant publiquement le génocide ar-ménien de 1915. Il n’y a pas lieu de rappeler, une nouvelle fois encore, les raisons pour lesquelles le Parlement (Assemblée nationale et Sénat réunis) n’ a toujours pas voté cette loi. D’autres avant moi ont parfaitement exposé ces raisons dans les numéros précédents du magazine Nouvelles d’ Arménie. Ces raisons, je les déplore, je les regrette, je les combat. Fidèle à mon engagement pris depuis longtemps auprès de la communauté arménienne, je poursuivrai mon travail de sensibilisation au Sénat afin de convaincre mes collègues de la Haute Assemblée de voter en faveur de ce texte. Déjà en 1978, alors que j’étais un jeune député nouvellement élu, je demandais à l’ Assemblée nationale que le gouvernement reconnaisse ce terrible massacre perpétré par l’Empire ottoman à l’encontre du peuple arménien. Aujourd’hui, c’est dans le cadre du Sénat que j’œuvre dans le but de convaincre, un à un, les élus de notre République du bien-fondé de la démarche digne et pacifique de nombreuses associations arméniennes. Pour ma part, je suis persuadé qu’une majorité de sénateurs se ralliera bientôt aux arguments qui se dégagent en faveur de cette nécessaire reconnaissance.D’abord, pour le respect de la vérité dans l’histoire. Les textes le prouvent, les historiens le démontrent, les témoignages des victimes le confirment. Il y a 85 ans le génocide arménien était bien une entreprise progammée. Dès janvier 1915, plusieurs massacres sont perpétrés et le 24 avril, date ô combien symbolique, plus de 2 000 intellectuels arméniens sont arrêtés et exécutés sans jugement à Constantinople. Dans les pires conditions, les convois d’hommes, de femmes et d’ enfants subissent la barbarie du premier génocide du siècle. Au total, 1,5 million de personnes est exterminé et 50 000 enfants se retrouvent orphelins. En hommage aux victimes, notre République s’honorerait enfin à reconnaître la responsabilité de l’ Empire ottoman dans ce génocide. Ensuite, il n’est pas de notre tradition de mettre en balance la mémoire de tout un peuple avec les intérêts économiques et diplomatiques d’une nation. C’est aussi un devoir éthique qui est en jeu et dont la stricte application contribue au respect international de notre histoire. Ce devoir dit de mémoire est, en effet, propre à notre tradition républicaine. Je rappelle que le socle fondateur de notre République repose notamment sur ceux qui ont parfois payé de leur vie le prix de la liberté et de la vérité. Il nous appartient, plus que jamais, de montrer l’exemple dans le cas de la reconnaissance du génocide arménien. Au-delà de considérations purement matérielles et économiques, la France doit, une fois de plus, faire preuve d’une grande maturité politique, en montrant la voie dans ce combat contre l’oubli. Enfin, la défense de la question arménienne doit être pensée à la faveur d’un peuple, certes meurtri, mais qui a toujours su faire montre de grandes qualités de travail et de dévouement. Pour ma part, je ne peux que rendre hommage aux membres de cette communauté qui, notamment à Marseille, a parfaitement réussi son intégration et donne souvent l’exemple de l’honnêteté et du labeur bien fait. Mosaïque de communautés, la Cité phocéenne s’est historiquement enrichie de l’apport des nouvelles cultures qui la composent. En retour, Marseille est reconnaissante pour toutes celles et ceux qui œuvrent quotidiennement pour améliorer la vie dans notre cité. La communauté arménienne participe au rayonnement de la ville. Aussi, continuerai-je avec force et détermination à défendre cette cause qui me tient particulièrement à coeur. Je n’excuse personne, mais souhaite ramener le débat au niveau d’objectivité qu’il n’aurait jamais dû quitter. Si certains peuvent aujourd’hui se féliciter d’avoir eu l’opportunité d’obtenir un succès, là où d’autres ont hélas connu l’échec ou n’ont pas eu autant de chance, le contexte actuel devrait les inciter à opter pour davantage de retenue et de nuance.
dimanche 1er octobre 2000,
Spidermian ©armenews.com

Jean-Claude Gaudin est député-maire UDF de Marseille.



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