Nouvelles d'Armenie    
JUSTICE
Jirayr Sefilian recouvre la liberté après deux ans d’emprisonnement


Un froissement d’éventail, un seul. Les hommes mettent leur main en pavillon à l’oreille pour distinguer chaque mot de l’énoncé d’un verdict attendu de longue date. Pour la première fois, un silence absolu règne dans la salle de la cour d’appel d’Erevan, tandis que la voix neutre de la juge Ruzanne égrène la litanie des articles du code pénal, des sursis prononcés à l’égard de Gevorg Safarian et des quatre co-accusés, la voix tremble parfois en terminant par le nom de Jirayr Sefilian et l’annonce d’une peine commuée en 5 ans et demi d’emprisonnement, le sursis accordé couvrant la durée de la détention préventive. La sentence est prononcée à 14 h 53. Libre, Jirayr Sefilian le sera quand 13 députés se seront portés garant et auront chacun versé 500 000 drams de caution, soit 13 500 dollars au total.

Après 2 h d’attente, c’est toute une famille qui recouvre la liberté. Sur les marches du tribunal de la cour d’appel d’Erevan, Jirayr s’avance sous le roulement de tambour d’une troupe d’enfants, tandis que Bedo Sefilian a recouvert ses épaules d’un drapeau arménien. Il garde la main sur l’épaule de son père, comme pour s’assurer que cette fois, sa liberté durera plus que le temps d’un parloir.

Tandis que l’on scande encore une fois son prénom, Jirayr Sefilian lève la main pour prendre la parole. Il prononce 3 choses pour l’essentiel : la lutte continue pour la libération de tous les prisonniers politiques, dont les Sasna Tsrer ; toute la lumière doit être faite sur la mort de 3 policiers au cours de l’opération armée que le groupe avait conduite pour exiger sa libération et la démission du président Serj Sarkissian - toute la lumière pour les familles comme pour les responsables. Enfin il appelle la diaspora, en particulier sa jeunesse et ses talents, à venir contribuer à la construction de l’Arménie nouvelle qu’ils ont appelée de leurs vœux. Rappelons qu’a trois reprises, la nationalité arménienne a été refusée à Jirayr Sefilian.

« Nous sommes les maîtres de notre pays » disait l’ancien commandant du bataillon Chouchi au nom de sa formation politique le Parlement fondateur. L’avenir dira comment le mouvement se reformera autour des défis nouveaux auxquels le pays est à présent confronté. Les 13 députés qui se sont porté garants sont membres de la formation de Gagig Tsaroukian, et le Parlement fondateur devra régler une dette importante pour couvrir les cautions de la trentaine de partisans qui recouvrent la liberté jour après jour. Certains juges ont libéré sans caution, d’autres ont réclamé 1000 à 2000 dollars . Garo Yeghnukian, quant à lui, a dû s’acquitter d’une somme équivalente à 20 000 dollars pour recouvrer la liberté conditionnelle. Les 3 procès distincts des membres du groupe Sasna Tsrer iront à leur terme.

« Sans vous, on n’y serait pas arrivé » se réjouissait l’un des Sasna Tsrer à sa sortie en allant de l’un à l’autre. Moralement, financièrement, logistiquement, ils savent ce qu’ils doivent à des soutiens souvent anonymes qui ont multiplié les allers retours incessants entre les divers centres de détention, les colis de nourriture, de linge, ou l’appui des sommes nécessaires pour supporter la vie collective en prison, entre moutons et profiteurs.... Tout se monnaye derrière les barreaux. Un budget conséquent pour les familles modestes pour la plupart. Tout un réseau de fidèles opiniâtres s’est mis en place, payant de leur temps et de leur poche, deux années durant. Des avocats brillants risquaient leur carrière à défendre, gratuitement, des prisonniers pour lesquels les chances de revenir à la vie civile tenaient de la fiction.

Ceux qui ne parlent pas, ceux qui ont tant à dire, ceux qui reconstituent leurs forces, ceux qui reprendront leur vie là où ils ont dû la laisser, ceux que la vie n’a pas attendus. Nerses Boghossian serre son jeune fils contre lui, Gevorg Safarian promet de répondre à toutes les questions, pourvu qu’on le laisse respirer et embrasser ses amis. Toros Sefilian invite à danser au son du tambour pour fêter Jiro, son frère. Des silhouettes plus lentes, dont certaines flottent dans leurs vêtements, les entourent : accolade entre les nouveaux libérés et ceux de la veille ou l’avant-veille ou comme Setrak Nazarian, de l’heure d’avant.

Ce mois de juin apportera d’autres libérations : demain ce pourrait être au tour d’Hovannes Petrossian, ils seront encore 22 derrière les barreaux. David Avedissian, le fils de Varoujan, est devenu adolescent, il s’apprête à rejoindre le service militaire et embrasser la carrière, comme son père. Il essuie ses larmes, accueillant à bras ouverts chacun des prisonniers et ne quitte plus Aram, le fils de Pavlik Manoukian, appuyé sur une canne. Il voit dans chaque libération celle tant espérée de son père.

Myriam Gaume

vendredi 15 juin 2018,
Ara ©armenews.com

PHOTO : JEAN YEREMIAN



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