Nouvelles d'Armenie    
Noël Mamère
Du génocide arménien à la solution du problème kurde
Le point de vue de Noël Mamère


L’hypocrisie est un genre qui se porte bien. La raison d’État également. Les deux ont connu des sommets en mars dernier. La droite et les socialistes ont enterré de concert la reconnaissance du génocide arménien par le Parlement français. Sous la pression du Ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, les sénateurs n’ont pas porté à l’ordre du jour la proposition de loi reconnaissant le génocide arménien de 1915. Pourquoi ont-ils accepté de se renier ? La Turquie et le groupe franco-allemand Eurocopter ont signé en mars 1999 un contrat d’un montant de 600 millions de francs (soit 9, 5 millions d’euros), qui couvre l’achat par la police de huit hélicoptères Cougar MKI. Le Cougar MKI transporte une vingtaine de commandos sur les lieux d’une action. C’est donc une arme anti-guérilla, utilisée dans la lutte contre le PKK. Depuis 1997, l’armée turque a acheté pour ses troupes et leur logistique, trente Cougars construits par le groupe turc TAI (Tusas Acrospace Industrie). Début mars 1999, après l’en avoir exclu en 1998, la Turquie faisait savoir qu’elle remettait, en compétition avec les modèles américains ou israéliens, l’hélicoptère de combat Tigre conçu par L’Eurocopter. Le marché turc porte sur 145 hélicoptères, pour une somme évaluée à 4 milliards de dollars. Peu après cette annonce par Ankara, Lionel Jospin a rappelé que son gouvernement ne soutiendra pas la proposition de loi déposée par les socialistes. Au Sénat, le 17 mars, Hubert Védrine expliquait que « la France redoute que l’adoption de ce texte par le Parlement serve, avant tout, ceux que tentent le repli sur soi, le nationalisme autoritaire et la répudiation des valeurs de progrès ». Rejetant la perspective de l’inscription de cette proposition à l’ordre du jour, il invoquait des raisons d’opportunité. Messieurs Lellouche et Hollande ont donc tous les deux raisons quand ils parlent des « raisons » de leurs adversaires. La pusillanimité des uns et des autres l’a emporté sur la dignité de la France, de son Parlement et de son Gouvernement. On a vendu la reconnaissance du génocide arménien pour un plat de lentilles. Des hélicoptères utilisés contre les Kurdes par l’armée turque ont empêché cette ratification. Tels sont les faits, bruts de décoffrage. Ainsi le peuple arménien subit-il le contrecoup paradoxal de la lutte menée par l’armée turque contre une autre minorité nationale, le peuple kurde, qui lutte lui aussi pour la reconnaissance de ses droits. Tel est le sort des petites nations dans ce monde. On les utilise les unes contre les autres. Les militaires turcs avaient instrumentalisé le peuple kurde contre les Arméniens. Leurs successeurs se servent du génocide contre les kurdes. Malheur arménien et malheur kurde se trouvent ainsi mêlés. Les Verts n’ont que six députés et aucun sénateur. Ils ne pèsent donc pas d’un poids décisif pour influencer les choix de nos gouvernants. Mais ils ont pris leurs responsabilités en déposant en 1998 une proposition de loi reconnaissant le génocide arménien. De même, ils ont fait campagne tout au long de 1999 pour la paix au Kurdistan turc et pour sauver la vie du dirigeant du PKK, Abdullah Ocalan. Nous devons continuer avec les associations françaises, arméniennes, kurdes et turques à lutter conjointement pour la reconnaissance du génocide arménien de 1915, pour une solution politique au problème kurde et pour la démocratie et les droits de l’homme en Turquie. Ce combat pour la mémoire est donc un combat profondément actuel. Il ne peut y avoir de réconciliation entre les peuples s’il n’y a pas un sentiment de justice. La mémoire pour la justice contre l’impunité, la mémoire contre l’oubli, la mémoire pour l’éducation. À cet égard, il faut non seulement exiger la reconnaissance du génocide arménien mais aussi développer son enseignement comme celui de l’holocauste dans le programme d’histoire à destination des jeunes générations. La reconnaissance du génocide arménien est donc, dans toutes ses dimensions, un test pour la classe politique de ce pays de faire la preuve de son courage et de sa volonté politique. Si elle n’était qu’un prétexte à un de ces vains affrontements politiciens, ni la droite ni la gauche n’en sortiraient grandies.
mercredi 1er décembre 1999,
Spidermian ©armenews.com


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