Nouvelles d'Armenie    
ROBERT AYDABIRIAN
Trois leçons de guerre : résister, consolider l’existant, préparer l’avenir


A la tête d’une délégation de sept personnes, Raymond Kevorkian et moi-même sommes partis de Paris le 16 avril pour Yerevan et Chouchi. Notre premier objectif était de montrer aux enseignants, aux familles et aux élèves de l’Ecole Professionnelle Yeznig Mozian qu’ils pouvaient, malgré le contexte très difficile, compter sur le Fonds arménien de France, sur les Centres Français de Formation à l’Apprentissage au BTP et sur l’administration du Haut-Karabagh, pour en garantir le bon fonctionnement actuel et le développement futur. Nous avons aussi échangé avec la population, des chefs d’entreprise et des responsables gouvernementaux, afin de comprendre et d’analyser les multiples besoins du pays, pour en réduire le coût humain, psychologique et financier .

L’agression azérie est passée du niveau 1 au 2 en terme d’équipements et de moyens déployés. Elle a au départ surpris les forces arméniennes, démontré leur supériorité technologique, ravivé la question du HK et tenté de terroriser la population par des menaces et des sévices. Les moyens d’observation (drônes) et de communication satellitaires ont permis aux Azéris de cibler plus précisément les positions arméniennes et fait un nombre important des victimes (110 tués à ce jour). Néanmoins les Arméniens ont courageusement tenu la ligne de front (même s’ils ont dû reculer de 300 à 1000m sur plusieurs positions) grâce à une détermination et une mobilisation exceptionnelles. L’avantage topographique et le manque de coordination entre forces spéciales et artillerie azéries ont joué en leur faveur. Par contre, l’insuffisance d’équipements personnels (gilet pare-balles, lunettes infra-rouge, casques de combats) explique le nombre de victimes dues aux tirs des snipers azéris. Beaucoup attribuent ces manques au détournement des fonds de l’armée, aux 10 Milliards de $ sortis illégalement d’Arménie entre 2004 et 2013 (selon Global Financial Integrity), à l’impôt des oligarques non perçus etc... On comprend mieux ainsi le slogan souvent entendu au HK : “Nous nous battons avec des tanks de 1990 et eux se baladent en 4x4 de 2O16“.

Cependant l’offensive azérie est une occasion unique de mobiliser les forces vives du pays : volontaires jeunes et adultes, acteurs économiques petits et grands, membres éclairés de l’État-Major, courants d’opposition institutionnelle, organisations diasporiques. Il a permis aussi de tester la diplomatie internationale, ses ambiguïtés, son hypocrisie et l’efficacité de notre ennemie. Ainsi que du degré de préparation de nos systèmes militaires, de nos moyens de communication, de nos dispositifs d’information, et de nos messages. Pour ne pas avoir été en mesure de prévenir l’attaque, ni même de répondre aux signaux d’alarme, des officiers supérieurs ont été déchus de leurs fonctions par Serge Sarkissian, comme le vice-ministre en charge de la logistique, le chef des communications et celui des renseignements militaires. D’autres démissions sont également attendues.

D’affuter nos références historiques, juridiques et doctrinales : notamment l’origine du conflit autour de la région arménienne du Haut-karabagh qui remonte à 1921 et non à 1991. C’est en effet au début du siècle que Staline imposa son rattachement à l’Azerbaïdjan et que la colonisation de la région commença. Les populations turco-azéries furent installées dans les régions environnantes pour isoler le Karabagh de l’Arménie, discriminant les Arméniens et les poussant à s’expatrier. L’exemple le plus flagrant est celui de l’autre région offerte par Moscou, celle du Nakhitchevan, vidée de ses Arméniens et dont la présence ancienne a été effacée par la destruction du cimetière de Djoulfa avec ses milliers de Khatchkars.

Face aux pressions militaires et diplomatiques russe et turque persistantes, les Arméniens ont démontré leur capacité à s’unir. De mobiliser leurs intelligences et leurs moyens, d’exiger du pouvoir et des possédants d’assumer leurs devoirs de citoyen. Comme l’avait dit en son temps Elena Bonner “les Azéris se battent par orgueil, les Arméniens se battent pour leur survie“. Pour vivre normalement sur leurs terres historiques, pour préserver leur foyer national, leur culture et leur langue.

Cette semaine passée à leur côté nous a montré leur volonté de résister, de consolider l’existant et de préparer l’avenir.

Robert Aydabirian

JPEG - 111.9 ko
JPEG - 71.4 ko

Le 22 avril 2016, à Chouchi avec les élèves de l’école professionnelle Yeznig Mozian et à Stépanakert avec le Premier Ministre de la République du Haut Karabagh.

samedi 30 avril 2016,
Ara ©armenews.com


CET ARTICLE VOUS A PLU ?  POUR AIDER LE SITE A VIVRE...
Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)

    
     Imprimer l'article




THEMES ABORDES :
Arménie

Karabagh