Nouvelles d'Armenie    
EROL ÖZKORAY
Le régime turc devient une tyrannie théocratique


L’inculpation pour cause d’apologie du terrorisme de trois universitaires turcs (Mme Esra Mungan, MM. Muzaffer Kaya et Kivanç Ersoy) signataires de la pétition de janvier dernier pour revenir au processus de paix au Kurdistan, soutenue également par 1128 universitaires de Turquie, confirme le changement définitif du régime dans ce pays. En effet, l’islamisme au pouvoir, en asphyxiant toutes les institutions laïques, a amené la Turquie vers une sorte de totalitarisme théocratique que l’on peut nommer une tyrannie théocratique. Il n’y aurait pas d’autre étape politique, si ce n’est que pour annoncer officiellement une dictature personnelle basée sur une nouvelle Constitution que l’actuel président Recep Tayyip Erdogan rêve de mettre sur pied. Le Big brother sunnite, en dissimulant d’une façon sournoise son projet politique, a réussi donc sa contre-révolution en 14 ans. Son mentor Hitler en avait fait mieux seulement en 12 ans en mettant à feu et à sang tout un continent. Au pouvoir depuis 2002, Erdogan a donc déboussolé un pays tout entier, une république laïque et sa région, en imposant de facto son régime dictatorial. C’est une sorte de fascisme vert aux couleurs de l’islam, qui est devenu évident surtout après le soulèvement du parc Gezi à Istanbul en mai-juin 2013 et son implacable répression. Ce nouveau régime est par ailleurs, une nouvelle preuve que l’islam politique et la démocratie ne peuvent coexister.

Alors que faire ? Et comment faire ? Car ce régime et son leader tyrannique est aussi un grand danger pour la sécurité, mais aussi pour l’avenir politique de l’Europe. Nous sommes en face d’un dictateur à la sauce islamique, qui a une visée non seulement au Moyen Orient où il rêve de devenir Calife, mais aussi il a un but ultime de déboussoler l’Europe et sa civilisation qu’il déteste profondémment, par le biais de l’islam radical qu’il n’a jamais condamné. Actuellement il avance sournoisement dans cette voie en dissimulant son projet maléfique et chaotique. Il faut voir aussi de cet angle le dernier carnage à Bruxelles qui a couté la vie à 31 personnes, car Erdogan a prédit ces explosions quatre jours auparavant lors d’un discours qu’il a tenu aux Dardanelles. En Turquie, la dynamique interne existe et la révolte de Gezi en était la preuve. Mais le verrouillage de la société par les forces de l’ordre et de la justice sont tels que, la société n’arrive plus à bouger. Ainsi, la seule possibilité est la dynamique externe qui peut activer les opposants et aussi créer une sorte de synergie : c’est l’Union européenne. Mais l’inertie et l’aveuglement de l’Europe à cause de la crise des réfugiés sont connus. Si aujourd’hui l’Europe, en oubliant ses valeurs, continue à agir comme un marchand, demain elle serait obligée de faire même la guerre contre son interlocuteur, face au danger qui deviendrait si énorme. N’oublions pas le cas de Milosevic en Yougoslavie. Ainsi, l’UE doit isoler coûte que coûte le pouvoir turc qui n’est en plus pas de caractère national, car son idéologie panislamiste, n’est qu’une copie des Frères musulmans d’Egypte, mais aussi des Wahhabites d’Arabie saoudite. Nous sommes, comme en France des années 40, en face d’un gouvernement de Vichy alla turca pour résumer le phénomène. Par ailleurs, en isolant le pouvoir turc, l’UE ne doit pas punir non plus les peuples de Turquie. Il faut donc surmonter aussi la schizophrénie politique concernant ce pays qui fait partie de l’Europe et de l’Occident : séparer le pouvoir islamique du pays. En effet, Erdogan n’est pas la Turquie !

Ainsi, la France, pays des grandes valeurs universelles, peut jouer un rôle d’avant-garde dans cette nouvelle politique pour mettre sur la bonne voie l’UE. En effet, ce pouvoir n’a plus de légitimité et ce depuis fort longtemps. Le parti AKP et son leader ont violé systématiquement le contrat social basé sur la défense de la république laïque et séculaire pour construire un Etat islamiste. Par ailleurs, Erdogan a commis trois crimes importants qui devrait l’amener devant le Tribunal pénal international (TPI) de La Haye : crime contre l’humanité à Gezi et aujourd’hui au Kurdistan ; crime de guerre en Syrie en supportant Daech (ISIS) et crime de génocide en Syrie et au Kurdistan de Turquie. Ces trois crimes étaient aussi ceux de Milosevic jugé au TPI de La Haye.

La confusion des pouvoirs et la liquidation de la presse sont les sources d’une dictature ouverte. La perspective annoncée d’une arrestation massive d’intellectuels, et notamment les 1128 Universitaires pour la paix signataires de la pétition de janvier vise à briser la capacité d’action et d’expression d’un peuple. Perdant tout repère, la société turque accepterait de nouveaux génocides. Et l’histoire de ce pays est hélas riche en matière de génocide. Les dangers les plus cruciaux sont maintenant là, dressés devant nous, peuples de Turquie, mais aussi ceux de l’Europe. Mais en politique, il n’est jamais trop tard pour agir !

jeudi 31 mars 2016,
Ara ©armenews.com


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