Nouvelles d'Armenie    
MAITRE HAYTOUG CHAMLIAN
Les Chrétiens d’Orient


Par une lettre en date du 9 août 2014, en référence au Djihad mené par le mouvement État Islamique, le Pape François exhorte le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unis “à faire tout ce qui est en son pouvoir pour arrêter et empêcher des violences systématiques ultérieures contre les minorités ethniques et religieuses“.

Le 18 août 2014, lors d’une conférence de presse, toujours en référence aux persécutions sauvages des chrétiens par les djihadistes, le Pape François demande une intervention collective de la communauté internationale, pour “stopper une agression injuste“.

Fin novembre 2014, toujours dans le cadre de ses efforts visant à défendre les Chrétiens d’Orient contre la barbarie djihadiste, le Pape visite la Turquie, où, dans une déclaration commune avec le Patriarche de Constantinople, il affirme qu’il n’acceptera jamais “un Moyen-Orient sans les chrétiens“, et que - je cite - “La terrible situation des chrétiens et de tous ceux qui souffrent au Moyen-Orient demande non seulement une prière constante mais aussi une réponse appropriée de la part de la communauté internationale“.

Début décembre 2014, dans un message vidéo, le souverain pontife s’inquiète encore du sort des chrétiens au Moyen-Orient, et il dénonce la responsabilité des djihadistes dans cette tragédie.

Le 23 décembre 2014, à la veille d’un Noël que les chrétiens d’Orient s’apprêtaient à célébrer dans la terreur, le Pape leur envoie une lettre de soutien, dans laquelle il écrit notamment que la situation est grave, et qu’elle « exige une prise de position claire et courageuse de la part de tous les responsables religieux, pour condamner de façon unanime et sans aucune ambiguïté ces crimes et dénoncer la pratique d’invoquer la religion pour les justifier ».

Le 12 avril 2015, le Pape célèbre une messe au Vatican, dédiée au Centenaire du Génocide des Arméniens perpétré par la Turquie.

Le message qu’il émet en cette occasion comporte ce paragraphe crucial, faisant le lien entre le sujet concerné et l’actualité immédiate, mais qui n’a pas été suffisamment relevé par les médias : “ Faire mémoire de tout ce qui est arrivé est un devoir, non seulement pour le peuple arménien et pour l’Église universelle, mais aussi pour toute la famille humaine, afin que l’avertissement qui vient de cette tragédie nous évite de retomber dans des horreurs semblables qui offensent Dieu et la dignité humaine.

Aujourd’hui également, en effet, les conflits dégénèrent parfois en violences injustifiables, attisées par l’instrumentalisation des diversités ethniques et religieuses. Tous ceux qui sont placés à la tête des Nations et des Organisations internationales sont appelés à s’opposer à de tels crimes avec une ferme responsabilité, sans céder aux ambiguïtés ni aux compromis.“

Cet extrait de la déclaration papale, exprimée à l’occasion de la 100ième commémoration annuelle du Génocide des Arméniens, résume et condense, de manière particulièrement pertinente et efficace, la question des Chrétiens d’Orient.

En effet, si, depuis les dernières quelques années, la situation des Chrétiens d’Orient est devenu critique, pour le moins dire, comme on en parle surtout - dans les médias ordinaires - durant ces quelques années, on pourrait être sous l’impression qu’il s’agit d’un événement récent.

Or, pour ceux qui connaissent moindrement le sujet, ce que nous voyons, aujourd’hui, à cet égard, n’est que la continuation directe et logique de ce qui a commencé depuis plusieurs siècles.

Et si cette situation perdure et continue, c’est parce que rien n’a été fait pour la contrer, pour neutraliser la menace et l’agression en cause, durant tous ces siècles. Bien au contraire, aurait-on envie d’ajouter...

En regard de l’histoire contemporaine, on pourrait avoir l’illusion que ces Chrétiens seraient des intrus, dans la région concernée.

Or, ce sont ceux qui ont commencé et qui continuent à les persécuter et à tenter de les exterminer, au Proche-Orient et au Moyen-Orient, qui sont les intrus, les nouveaux venus, les envahisseurs, les occupants intempestifs, dans ces régions.

Faut-il rappeler que le christianisme est né, en Orient, pour se propager par la suite seulement à l’Europe et à l’Occident ?

Alors que l’islam est né quelque 7 siècles après le christianisme.

Sur le plan religieux, et en ce qui concerne les trois religions traditionnelles fondamentales, objectivement et chronologiquement :

- depuis la nuit des temps et jusqu’au 7ième siècle, les populations de ce qu’on appelle le Proche-Orient et le Moyen-Orient n’incluaient et ne pouvaient logiquement inclure aucun musulman ;

- durant les premiers sept siècles de l’Ère Commune de l’Humanité, soit depuis l’an 1 et pendant les 7 siècles suivants, continuellement, lesdites populations étaient exclusivement constituées de chrétiens et de juifs ;

Il s’agit là de données factuelles élémentaires, totalement objectives et irréfutables.

Qu’est-il donc arrivé aux Chrétiens d’Orient, à leurs pays et à leurs États, d’abord, du 7ième siècle jusqu’au début du 20ième siècle, et ensuite, du début du 20ième siècle jusqu’à aujourd’hui... ?

On peut déjà aisément deviner la réponse, mais élaborons un peu, quand même...

Les pays arabes actuels n’ayant été créés qu’au début du 20ième siècle, dans la région en question, après les invasions d’une multitude de tribus et de peuplades variés, aux identités ethniques aléatoires ou improbable, et après les tentatives européennes de stopper ou de ralentir au moins l’avancée musulmane, la seule entité étatique islamique de cette époque, ayant un lien direct avec l’actualité courante, c’est l’Empire Ottoman.

À compter du 14ième siècle et jusqu’au début du 20ième, c’est ledit Empire turc qui s’est chargé de réduire les Chrétiens d’Orient à des minorités éparses. Les procédés utilisés à cette fin sont plutôt simples, rudimentaires mêmes : islamisation forcée, “incitatifs“ à l’exil vers d’autres cieux, ou extermination physique - de la manière la plus cruelle et sadique possible -.

La Turquie d’aujourd’hui, fière héritière déclarée de l’Empire Ottoman, ayant pratiquement anéanti les Chrétiens, natifs et habitants originels de son territoire officiel actuel, s’est accordée, durant l’épisode kémaliste, des vertus de tolérance envers les Chrétiens résiduaires - les restes de l’épée - restés en Turquie. Posture d’autant plus facile que ceux-ci ne représentent plus qu’un pourcentage infinitésimal, de l’ordre de 0.1%, de la population de la Turquie. Mais même cette supercherie ne dura pas longtemps, puisque le régime actuel, néo-ottoman, est déjà ouvertement islamiste.

Qu’en est-il des pays arabes ? Du début jusqu’à la moitié du 20ième siècle, considérant les mandats, colonies et autres protectorats occidentaux, ces pays n’existaient encore que plus ou moins.

Par la suite, pendant un certain temps, ils ont bien voulu laisser les Chrétiens tranquilles, du moment que ceux-ci restaient tranquilles, dans le coin qui leur était assigné.

Aujourd’hui, même cela est devenu impossible. Les Chrétiens d’Orient sont redevenus les cibles prioritaires des islamistes, tout comme c’était le cas plusieurs siècles plus tôt, dans l’Empire Ottoman.

Pour être juste, il faut apporter ici une nuance : tant et aussi longtemps que certains de ces pays arabes étaient dirigés par des gouvernements non-islamistes, les Chrétiens y bénéficiaient d’un traitement somme toute correct. Mais voilà, ces régimes arabes se sont avérés fragiles, instables et éphémères, et leur disparition graduelle a laissé les Chrétiens d’Orient à la merci des djihadistes.

Que ce soit en Turquie, dans les pays arabes ou en Iran, aujourd’hui les Chrétiens d’Orient sont soit des otages, soit ils servent d’alibi, ou encore, ils constituent des pions à sacrifier, dans un jeu terriblement sanglant.

Ce qui nous ramène aux efforts du Pape François, exposés en haut, visant à secourir ces Chrétiens menacés d’extinction totale, finale, dans les contrées en question.

Car il est bien seul, le Pape, dans cette démarche...

Pour ce qui des dirigeants politiques occidentaux qui détiennent le pouvoir, non seulement ils esquivent systématiquement la question des Chrétiens d’Orient, mais il leur arrive même de la nier, de déclarer qu’il n’existe pas une telle question ! Pour ceux-là, la religion n’aurait rien à voir avec ce qui se déroule en ce moment au Proche-Orient et au Moyen-Orient.

Pour ce qui est des politiques occidentaux qui veulent bien parler du problème, il s’agit essentiellement de radicaux ou d’extrémistes, qui font l’erreur inverse de tout réduire et limiter au seul sujet de la religion, ce qui rend leur propos souvent futiles ou inutiles.

Car il convient aussi de le souligner, l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques, idéologique ou même économique est indéniable, que ce soit dans le passé évoqué plus haut, ou dans l’état des choses actuel.

Par contre, il est tout aussi indéniable que la religion constitue et a toujours constitué un facteur fondamental dans les événements passés et en cours au Proche-Orient et au Moyen-Orient, et qu’à cet égard, ce sont les Chrétiens qui en font les frais, en première ligne.

Rappelons encore ce que le Pape a dit, tout récemment, en référence à un génocide qui reste non seulement impuni depuis 100 ans, mais dont la partie responsable, niant toujours l’évidence - et en conséquence, en en assumant aussi la culpabilité - , profite allègrement du butin, des fruits, des dividendes d’un Crime contre l’Humanité, avec la bénédiction de l’Occident : “Faire mémoire de tout ce qui est arrivé est un devoir, non seulement pour le peuple arménien et pour l’Église universelle, mais aussi pour toute la famille humaine, afin que l’avertissement qui vient de cette tragédie nous évite de retomber dans des horreurs semblables“...

Si on avait effectué ce devoir de Mémoire, non seulement après ledit génocide centenaire, mais à plusieurs autres occasions encore durant les siècles passés, pour en tirer les leçons et surtout : agir en conséquence, le Pape François n’aurait pas eu besoin de dire ces mots, en avril 2015.

“Tous ceux qui sont placés à la tête des Nations et des Organisations internationales sont appelés à s’opposer à de tels crimes avec une ferme responsabilité, sans céder aux ambiguïtés ni aux compromis“, a dit encore le pape, le mois dernier.

Oui, c’est ce qui aurait dû être fait, en effet, à plusieurs occasions durant les siècles passés.

Pourquoi espérer alors que cela change tout à coup, aujourd’hui.

Mais l’espoir fait vivre, dit-on.

Pour les Chrétiens d’Orient, il ne reste plus qu’à espérer, alors.

Me Haytoug Chamlian, Canada

28 mai 2015

samedi 6 juin 2015,
Ara ©armenews.com


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