Nouvelles d'Armenie    
HOVEL CHENORHOKIAN
Nettoyage de Printemps


Paris, le 24 avril 2015


Le nettoyage de printemps est une expression faisant référence au ménage complet d’une maison au printemps, pratique répandue en Europe et en Amérique du Nord. Cette habitude est pratiquée dans des civilisations plus anciennes également.


Le terme employé en Iran est le nettoyage de la nouvelle année, date qui correspond au premier jour du printemps chez les Perses (Noruz).


En arménien le terme « nettoyage de Pâques », faisant donc allusion à ce remue-ménage, à ce nettoyage de fond en comble de la maison et la mise au placard des tapis pour l’été, après les avoir aspergé de naphtaline, coïncide avec le terme hébreu. En effet, dans l’Ancien Testament, les Hébreux avaient reçu l’ordre d’observer la Pâque (Pessa’h) en se privant de nourriture au levain. Avant les sept jours de jeûne, leurs maisons étaient entièrement nettoyées, des rideaux aux meubles, les débarrassant ainsi des miettes de pain.


Cette année, en ce jeudi saint (Աւագ Հինգշաբթի), qui fut la première journée chaude du printemps à Paris, baignant dans les chants des oiseaux et les senteurs des fleurs du parc, Patricia a entrepris de trier les photos de famille. Depuis plus de trois décennies, nous jetions les paquets de photos dans le banc en bois du couloir de notre premier étage. Elle les prit, les étala sur la table de notre cuisine, et les tria patiemment, formant divers tas : photos de famille, mariages, réunions de famille, les voyages, photos d’affaires, AJA (The Armenian Jewelers Association), ...

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La table de la cuisine,


Une fois terminé, elle tria chronologiquement chaque pile, et les rangea dans de vieux albums. Les photos en double furent mises dans des boîtes, sur une étagère, dans le grenier. Pour le Lundi de Pâques (Սուրբ Մերելոց), le travail était fait. Elle me délégua le tri des photos de mon travail et celles de l’AJA. 
C’est pourquoi un tas de photos des premiers jours de l’AJA a atterri sur mon bureau.

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AJA France, septembre 2000, autour de la table (de gauche à droite) : M. Nazareth, Sabounjian, M. & Mme Haïg Arslanian, le ministre des affaires étrangères M. Nalbandian, le joaillier légendaire M. & Mme Kabajian, M. & Mme Krikor Istanboulli.


Les souvenirs... Une simple photo renvoie une personne dans le passé ; lui fait oublier le présent.

La photo que Vartkess ou moi avions prise au Yans Club (Paris) où, en septembre 2000, nous avions tenu notre premier dîner de l’AJA, m’a ramené à mon enfance au Liban. À l’époque, Armen, Chahé, et moi étions des jeunes scouts dans le même groupe, étions dans la même école, allions à l’église ensembles chaque dimanche. Nos mères siégeaient au comité des dames (Տիկնանց միութիւն), et nos pères au conseil de l’église. Plus loin, les Arslanians étaient de la même ville que nous, en Turquie. Probablement, nos grands-parents étaient-ils liés à l’époque.

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Armenian Evangelical college - 1967, Beyrouth


Puis, avec la guerre civile, nous avons tous déménagé en Europe. Avec l’indépendance de l’Arménie, Haïg Arslanian, le pionnier, établit la première entreprise à grande échelle en Arménie, employant cinq cents travailleurs.


En général, les gens sont nostalgiques. Ils repensent aux bons vieux jours, et ne retiennent que ce qui fut bon. 
C’est en regardant cette photo que je me demande si je suis tout simplement nostalgique, ou s’il y a toujours des gens comme M. Arslanian. Un homme de parole, honnête, humble, bon et attentionné.


Je me souviens qu’il s’était plaint que Mme Shaké lui avait offert une montre en or pour son anniversaire et dit qu’avec cet argent ils auraient pu aider tant de gens et les rendre heureux.


Je me souviens qu’Armen disait en 1992, quand le salaire moyen en Arménie avoisinait les 50.000 drams, qu’ils avaient établi un plancher de 150.000 drams ; ils voulaient que leurs employés aient un bon niveau de vie. 
Armen, Chahé et moi avons eu la chance de naître dans nos familles, et de recevoir cette éducation. À l’école, nous étudiâmes un livre que nos pères avaient eux aussi étudié. Nous avons appris de ce livre :

• l’humilité : L’orgueil d’un homme l’abaisse, mais avec l’humilité vient la gloire »,
• la discrétion : « Qu’un autre te loue, et non ta bouche, un étranger, et non tes lèvres », « Et quand tu es invité, vas te mettre à la dernière place, de sorte que ton hôte vienne et te dise : mon ami, viens à ce meilleur endroit »,
• la bienveillance : « Maîtres, traitez vos employés avec justice et équité »,
• la bonté : « Quand tu donnes aux nécessiteux, ne laisse pas ta main gauche savoir ce que fait ta main droite »,
• la diligence : « Quoi que vous fassiez, faites-le avec cœur, comme pour le Seigneur et non pour les hommes »,
• l’intégrité : « Mais que votre parole soit : Oui, oui ; non, non »,
• la sagesse : « Dans la multitude des paroles la transgression ne manque pas, mais celui qui retient ses lèvres est sage » et « Qui est lent à la colère vaut mieux que l’homme fort, et qui gouverne son esprit vaut mieux que celui qui prend une ville ».


Nous n’avons pas seulement lu ces phrases. Ces valeurs étaient martelées dans nos têtes, aussi bien à la maison qu’à l’école. 
Le Livre n’appartient pas seulement à une certaine école, ou un certain groupe de personnes. Il est le pilier central de la culture arménienne. En effet, c’était pour la traduction du Livre que le Catholicos Sahak Partev confia à Mesrob Machtots la mission de créer un alphabet. La première phrase écrite en arménien fut : « Pour connaître la sagesse et l’instruction ; pour discerner les paroles de l’intelligence. » (Ճանաչել զիմաստութիւն եւ զխրատ, իմանալ զբանս հանճարոյ).


Le Livre appartient à tous les arméniens. Il se peut que certaines écoles l’aient égaré ou n’aient pas vu l’importance de transmettre ces valeurs de sagesse à la nouvelle génération. 
En ce 24 avril, notre Kippour, notre jour de Grand Pardon, que chacun d’entre-nous, en particulier nos dirigeants, se réunissent, s’examinent, méditent sur leurs fautes et reconnaissent leurs erreurs, redressent leur chemin, pour rechercher le pardon. Avec le printemps et la Pâque, renouvelons-nous. Renaissons. Débarrassons-nous « des œuvres de la chair (la nature humaine) que sont l’orgueil, les querelles, les colères, les jalousies, les animosités, les disputes, les divisions, l’envie » ... et luttons pour « le fruit de l’Esprit qui est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi ».

En ce 24 avril, après cent ans, le pape François a eu le courage d’énoncer la vérité ; de grands États européens ont reconnu le génocide et leur part de responsabilité ; ils ont placé les valeurs humaines et morales au-dessus de leurs propres intérêts économiques.


En ce 24 avril, remettons les valeurs de nos ancêtres au centre de nos maisons, de nos écoles, de nos associations, de nos églises, et de notre état ; la foi et les valeurs pour lesquelles 1,5 millions d’Arméniens ont été martyrisés.

Hovel Chenorhokian

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Les étagères du grenier
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Le banc.
dimanche 24 mai 2015,
Ara ©armenews.com


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